LE CAMP DE L’ILE HOOD 55
algues qui lui plaisent et avec ses dents coupantes terminées par trois pointes,
il les arrache vivement aux rochers. C’est la première fois qu’est filmée une
pareille scène.
Jacques Delcoutère donne à manger des algues à l’iguane qui les prend...
C’est un grand succès, car on nous a affirmé que l’iguane marin
n’acceptait jamais de nourriture de la main de l’homme et qu’en captivité,
il finissait toujours par mourir de faim. Ici, en pleine eau, à force de ruse
et de précaution, nous réussissons à lui faire manger à la main son algue
favorite. Mais parviendrons-nous jamais à en apprivoiser un ? Malgré le
succès d’aujourd’hui, j’en doute. Aucun d’eux ne paraît nous reconnaître ni
même nous voir. C’est tout juste si nous les distinguons les uns des autres,
par la taille, par une tache particulière ou une cicatrice, trace d’une blessure
faite par un requin.
De retour au camp vers 14 heures 30, nous déjeunons et aussitôt nous
capturons quelques iguanes pour repartir sur le plan d’eau calme. Nous y
filmons tranquillement la remontée de Jacques Delcoutère avec un sac
d’algues qu’il a cueillies devant l’iguane.
Le soir après le repas, Jacques Renoir filme l’ambiance. Michel Deloire
et Henri Alliet bricolent une caméra sous-marine. Jacques Delcoutère écrit
une lettre. François Dorado joue de la guitare. Joe bricole dans sa cuisine.
J’écris mon journal puis je vais faire ma ronde et je découvre l’otarie de
service couchée près de la tente. Les chevreaux sont dans leur petite caverne
et les iguanes sont affalés sur les pierres encore chaudes du soleil de la
journée.
18 février. Vers 16 heures, Joe aperçoit un troupeau de chèvres à la
jumelle. Aussitôt Michel Deloire part, armé jusqu’aux dents, et une heure
et demie plus tard, il est de retour avec deux épaules et deux gigots. Il
avoue que c’est la première fois de sa vie qu’il tue un animal et il dit en
soupirant : « Faut-il que nous ayons besoin de viande ! » Il faut reconnaître
que la cuisine de Little Joe est principalement à base de boîtes de conserve.
Il a surtout un grand stock de tranches d’ananas au sirop qui commencent
à nous écœurer.
Dans l’après-midi, nous filmons les otaries en surface qui tirent les
iguanes par la queue dans l’eau. Bonne scène. Les otaries agissent sans
véritable méchanceté et les iguanes sont plus mécontents qu’effrayés. C’est
vraiment comique.
La journée s’est achevée par le ravitaillement et l’embarquement de
Jacques Renoir et de son matériel, car il nous quitte pour être débarqué à
Femandina, au cap Espinosa, afin d’y filmer la ponte des iguanes.
20 février. Lorsque nous sommes rentrés à 12 heures 30, les otaries
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