LE CAMP DE L’ILE HOOD 41
Mais alors que chacun s’ébattait et jouait, tout à coup arrivait une torpille,
lancée à toute vitesse, les nageoires bien serrées contre le corps. C’était le
mâle. On avait beau savoir qu’il bluffait, son intervention était tout de même
impressionnante, car l’animal est assez gros et bien pourvu de dents. Aussi
se garait-on de lui. Il était tout fier d’avoir produit son effet. Cela lui suffisait
et il passait.
Dans l’eau se déroulaient souvent des scènes très amusantes : le mâle
qui a une nage puissante, mais moins souple et moins élégante que celle
des femelles, se faisait quelquefois assaillir par elles et il y en avait souvent
une qui lui sautait dessus, l’attrapait par derrière avec les nageoires et se
faisait remorquer par lui.
A terre se déroulaient d’autres scènes parfois encore plus comiques.
On aurait pu croire que les otaries s’ennuyaient des plongeurs lorsque ceux-ci
partaient en zodiac pour quelque mission cinématographique : couchées sur
la plage, elles attendaient leur retour, leur faisaient fête et allaient au-devant
d’eux en se dandinant.
Elles avaient conçu très vite une affection particulière pour Jacques
Renoir qui le leur rendait bien. Mais les mâles qui régnent sur un harem
de cinq à six femelles, parfois plus, ne semblaient pas apprécier l’attrait
que leurs épouses éprouvaient pour les hommes. A terre, ils grognaient,
rugissaient furieusement et faisaient mine de charger. Mais il s’agissait surtout de démonstrations destinées à intimider les rivaux humains. L’attaque
tournait court et aucun des mâles n’a jamais mordu personne. En revanche,
comme bien des maris jaloux le font en pareil cas, ils s’en prenaient à leurs
épouses et entamaient d’une voix rauque une discussion conjugale agrémentée de quelques coups de tête et de dents.
En pareil cas, la femelle venait se réfugier chez les hommes, sous la
tente, ou bien auprès du cuisinier, Little Joe. Il se trouvait toujours quelqu’un
de l’équipe pour la prendre sous sa protection et faire reculer le mari.
Les otaries, qui réclamaient beaucoup de caresses, se sont parfois
montrées un peu encombrantes et exigeantes. En plongée, il fallait les
« semer » pour pouvoir travailler. Car le film ne leur était pas consacré :
le premier rôle revenait aux iguanes.
Douces incarnations de l’enfer
Il y en avait beaucoup tout autour du camp. Les opinions à propos
de cet animal surgi du fond des âges avec sa crête dorsale, sa tête de
Mais alors que chacun s’ébattait et jouait, tout à coup arrivait une torpille,
lancée à toute vitesse, les nageoires bien serrées contre le corps. C’était le
mâle. On avait beau savoir qu’il bluffait, son intervention était tout de même
impressionnante, car l’animal est assez gros et bien pourvu de dents. Aussi
se garait-on de lui. Il était tout fier d’avoir produit son effet. Cela lui suffisait
et il passait.
Dans l’eau se déroulaient souvent des scènes très amusantes : le mâle
qui a une nage puissante, mais moins souple et moins élégante que celle
des femelles, se faisait quelquefois assaillir par elles et il y en avait souvent
une qui lui sautait dessus, l’attrapait par derrière avec les nageoires et se
faisait remorquer par lui.
A terre se déroulaient d’autres scènes parfois encore plus comiques.
On aurait pu croire que les otaries s’ennuyaient des plongeurs lorsque ceux-ci
partaient en zodiac pour quelque mission cinématographique : couchées sur
la plage, elles attendaient leur retour, leur faisaient fête et allaient au-devant
d’eux en se dandinant.
Elles avaient conçu très vite une affection particulière pour Jacques
Renoir qui le leur rendait bien. Mais les mâles qui régnent sur un harem
de cinq à six femelles, parfois plus, ne semblaient pas apprécier l’attrait
que leurs épouses éprouvaient pour les hommes. A terre, ils grognaient,
rugissaient furieusement et faisaient mine de charger. Mais il s’agissait surtout de démonstrations destinées à intimider les rivaux humains. L’attaque
tournait court et aucun des mâles n’a jamais mordu personne. En revanche,
comme bien des maris jaloux le font en pareil cas, ils s’en prenaient à leurs
épouses et entamaient d’une voix rauque une discussion conjugale agrémentée de quelques coups de tête et de dents.
En pareil cas, la femelle venait se réfugier chez les hommes, sous la
tente, ou bien auprès du cuisinier, Little Joe. Il se trouvait toujours quelqu’un
de l’équipe pour la prendre sous sa protection et faire reculer le mari.
Les otaries, qui réclamaient beaucoup de caresses, se sont parfois
montrées un peu encombrantes et exigeantes. En plongée, il fallait les
« semer » pour pouvoir travailler. Car le film ne leur était pas consacré :
le premier rôle revenait aux iguanes.
Douces incarnations de l’enfer
Il y en avait beaucoup tout autour du camp. Les opinions à propos
de cet animal surgi du fond des âges avec sa crête dorsale, sa tête de
