DANS LE SILLAGE DE DARWIN 29
La faune présente un étrange rapprochement d’espèces polaires et
d’espèces tropicales. Les albatros, les lions de mer, les otaries à fourrure
que l’équipe de la Calypso put apercevoir dès qu’elle mit les pieds sur les
premières îles, évoquaient une toute autre région que les tropiques : celle
du Grand Nord où nous avions étudié et filmé les saumons et les loutres.
Paradoxalement, au milieu de ces animaux des mers froides, prospéraient
les iguanes, les tortues, et même les serpents, habitués des régions tropicales.
Si les variations de température provoquent des masses de brouillard
souvent désagréables et dangereuses, en revanche, la mer est d’une richesse
en plancton tout à fait exceptionnelle. Grâce au courant de Humboldt, la
faune marine est d’une extrême abondance.
Armés de nos caméras, disposant de tout l’équipement perfectionné de
la Calypso, et d’un groupe de plongeurs entraînés à toutes les aventures,
nous sommes venus avec des moyens dont ne disposait pas le jeune Darwin.
Toute l’équipe était animée de la ferme intention d’observer les phénomènes
qui avaient tellement surpris Darwin et qui allaient nous étonner à notre
tour.
Tortues géantes
La Calypso a passé deux jours au mouillage à Santa Cruz où le docteur
Perry et son assistant ont communiqué à nos plongeurs avec une patience
inlassable, tous les renseignements dont peut disposer la Fondation Darwin
et qui devaient permettre à nos cinéastes de tourner le premier film sousmarin consacré aux Galapagos.
Ce séjour à Santa Cruz a aussi permis à certains d’entre nous de se
familiariser avec les tortues géantes dont la Fondation fait un élevage
systématique, à la fois pour sauver l’espèce et dans l’espoir de repeupler
chaque île en y replaçant la variété même qui s’y trouvait à l’origine. En
effet, lorsque Darwin débarqua aux Galapagos, le gouverneur Lawson lui
affirma qu’il était capable de dire, en examinant une tortue, de quelle île
elle provenait. Il s’est produit chez ces reptiles une évolution analogue à
celle qu’ont connue les pinsons ; les carapaces des tortues géantes se sont
modifiées selon la nourriture que chacune d’entre elles devait rechercher.
Mais Darwin qui les a beaucoup étudiées, remarqua aussi qu’elles différaient
selon le climat particulier de chaque île : les tortues à carapace volumineuse
en forme de dôme habitent les zones humides, tandis que les espèces plus
petites se trouvent dans les légions arides. Leur carapace s’incurve plus ou
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