206 TROIS AVENTURES DE LA CALYPSO
penser alors que le temps est chichement mesuré et que le moindre retard
peut tourner au drame. Certains boyaux sont si étroits que les bouteilles
accrochent aux moindres aspérités et que l’on ne peut même pas songer à
faire demi-tour. Il faut attendre que la galerie s’élargisse ou bien revenir
à reculons. Chaque jour des équipes se glissent dans les cheminées, les
fissures, les cassures du récif sans jamais voir de stalactites.
Tous ces trous sont bien loin d’avoir été inventoriés et visités. Il y en
a certainement plus de cent.
Un homme y a consacré tous ses loisirs. C’est le Dr George J. Benjamin.
Un collectionneur de trous bleus
C’est un chimiste et un chercheur qui, lui aussi, est un ami de Laban.
L’exploration et la photographie sous-marines sont ses grandes passions.
Dès qu’il peut s’échapper de son laboratoire de Toronto, il vient plonger à
Andros où il dispose d’un bateau et d’une petite maison. Il a découvert plus
d’une centaine d’endroits que l’on peut appeler les trous bleus. Il a visité et
exploré cinquante-quatre d’entre eux, dont certains jusqu’à une profondeur
de plus de 90 mètres. Depuis qu’il a eu la révélation de cette topographie
bizarre, il s’est senti irrésistiblement attiré par ces orifices ronds qui s’ouvrent
dans le corail et le calcaire.
Tout le monde parle de ces trous, mais il semble bien que personne
n’ait eu la curiosité, le courage ou le moyen d’y descendre. Seul le Dr
Benjamin réunit ces trois conditions indispensables à de pareilles recherches.
C’est pour nous un compagnon aussi serviable qu’amusant. Il n’a pas
pu se défaire de son terrible accent slave qui donne à tous ses récits une
tournure pittoresque. Il nous a guidés depuis plusieurs semaines d’un trou à
l’autre, mais nous n’avons jamais réussi qu’à explorer des grottes et des
cavernes où il n’y a pas de stalactites. Mais Benjamin a son secret. Il nous
avoue qu’il connaît la caverne la plus formidable et il la décrit avec lyrisme
et passion.
Dans son langage imagé, il m’explique que c’est un crabe qui est à
l’origine de la découverte la plus importante qu’il ait faite.
— Ce jour-là, me raconte-t-il, j’étais accompagné d’Archie Forfar, un
des meilleurs plongeurs que je connaisse. Nous avions noté sur une carte
une étroite ouverture, située à la fin d’une série de blue holes. Lorsque
nous sommes entrés dans ce trou, nous avons vu un très gros crabe. Quand
Archie s’est approché de lui, le crabe a disparu. Il s’était échappé par une
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