120 TROIS AVENTURES DE LA CALYPSO
chœur, s’avance sur le parvis de la cathédrale dominant la grande place du
village et avec beaucoup d’onction il bénit ces tas de ferraille. La cérémonie
terminée, les pétards éclatent, les confetti pleuvent, les serpentins volent sur
la foule et sur la tôle. Le parrain et la marraine arrosent la vieille voiture
américaine ou japonaise avec de la bière en poussant de grands cris et en
s’embrassant à la manière espagnole. Vient alors le moment de fêter la
Vierge noire et le camion nouvellement béni en avalant des rasades de pisco
et souvent ce pèlerinage agité se termine la nuit même contre un arbre ou
par un vol plané dans un ravin. »
Notre arrivée dans ce sanctuaire où le pisco et la Vierge noire sont
également à l’honneur n’a pas été sans apporter quelques troubles. Dans
l’esprit des Indiens nous sommes des dieux ou des demi-dieux prêts à affronter
les sortilèges engloutis dans les profondeurs du lac.
Plus encore que nous-mêmes, ce sont nos soucoupes plongeantes qui
font l’objet d’un respect craintif. Il est probable que nos admirateurs ne
démêlent pas très bien si elles appartiennent à un lointain passé magique
ou si elles relèvent de la science fiction. Il est probable que dans leur esprit
elles se confondent avec les soucoupes volantes et ils sont persuadés que
nous-mêmes nous sommes peut-être venus d’une autre planète.
Pour dissiper la méfiance, pour exorciser nos engins, et surtout pour
donner à tous ces gens qui nous entourent une de ces fêtes qui leur plaisent
tant, nous décidons de faire bénir les deux soucoupes plongeantes. Comme
il faut leur trouver des noms et des parrains, nous avons choisi Bébert et
Gaston, c’est-à-dire Albert Falco et Gaston Roux, le pilote et le mécanicien
des puces.
C’est ma femme Simone avec Isabelle Deloire, qui a été la grande
organisatrice de la fête populaire qui devait faire suite à la cérémonie religieuse. Elles ont dévalisé les épiciers de leurs confetti, de leurs serpentins,
de leurs pétards. Elles ont même réussi à obtenir la collaboration de l’artificier en chef de la ville, connu pour sa grande expérience et qui est réclamé
par tous les villages d’alentour à l’occasion de chaque fête.
Nous avons éprouvé quelques doutes sur sa compétence quand nous
l’avons vu arriver : il n’avait qu’un œil ! Nous n’avons pas osé lui demander
comment il avait perdu l’autre.
— En cherchant bien, dit Simone, nous avons trouvé des rubans aux
couleurs françaises et boliviennes et nous avons décidé de décorer les puces
uniquement aux couleurs des deux pays. Le samedi 19 octobre, tout était
en place et tout le pays savait que les Français allaient donner une grande
fête, et qu’il y aurait beaucoup à boire. Pour cette population prisonnière
d’un pays aride et triste, privée de toute distraction c’était une aubaine. Nous
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