LE PEUPLE DES JONCS 121
avons réussi à obtenir le concours de neuf troupes différentes de danseurs,
de chanteurs et de musiciens. Le curé, ravi d’avoir à bénir des engins si
exceptionnels, nous avait promis une surprise et nous avait même dit que
s’il fallait pour le cinéma refaire la scène de la bénédiction plusieurs fois,
il s’y prêterait volontiers.
« Un superbe troupeau de dix-neuf lamas devait même participer à la
fête.
Une foule multicolore
« Le lendemain dimanche, à 6 heures du matin, Isabelle et moi sommes
descendues au port par un froid glacial, afin de décorer les puces, l’une aux
couleurs françaises, l’autre aux couleurs boliviennes. Nous avons eu droit
à un petit incident car la première puce amenée du port par un camion
poussif sur un chemin cahoteux et étroit, portait uniquement les couleurs
françaises. Nous n’avions pas prévu que sur son passage les badauds endimanchés murmureraient et nous lanceraient ostensiblement ces fleurs aux
couleurs boliviennes rouge et or, qu’ils appellent « cantatos ». Lorsque la
soucoupe fut débarquée sur le parvis, une dame très digne avec son chapeau
melon, ses épaisses tresses noires, sa large jupe, fixa avec autorité un drapeau
bolivien sur l’antenne du téléphone sous-marin. A cet instant arriva la
deuxième puce entièrement décorée aux couleurs boliviennes. En riant j’ai
enlevé le drapeau et l’ai rendu à la dame qui a paru bien confuse.
« La foule se pressait déjà, bigarrée, multicolore. Les gosses couraient
de tous côtés. Les femmes bavardaient avec leurs bébés dans le dos. Le
temps était splendide. Les groupes folkloriques firent leur entrée. Ils arrivaient par toutes les rues montant vers la grande place. Ils débouchaient
musique en tête, portant d’immenses plumes ou des sombreros brillant de
strass. Le bruit était assourdissant. Les cymbales, les tambours et les
trompettes, les flûtes de pan et les violons se déchaînaient, chaque fanfare
jouant pour son propre compte, sans se préoccuper du voisinage des autres.
Pour ajouter à la confusion, les dix-neuf lamas entraient dans la foule,
hautains, superbes et répandant leurs crottes.
« A dix heures précises, le curé fit son apparition à la grande porte
de la cathédrale entre deux enfants de chœur en robe écarlate ; lui-même
portait une immense cape en lamé d’argent. C’était la surprise qu’il nous
Double page suivante : Un des aspects de la fête qui s’est déroulée à I occasion de la bénédiction
des soucoupes. Au premier plan un musicien qui joue de la flûte.
avons réussi à obtenir le concours de neuf troupes différentes de danseurs,
de chanteurs et de musiciens. Le curé, ravi d’avoir à bénir des engins si
exceptionnels, nous avait promis une surprise et nous avait même dit que
s’il fallait pour le cinéma refaire la scène de la bénédiction plusieurs fois,
il s’y prêterait volontiers.
« Un superbe troupeau de dix-neuf lamas devait même participer à la
fête.
Une foule multicolore
« Le lendemain dimanche, à 6 heures du matin, Isabelle et moi sommes
descendues au port par un froid glacial, afin de décorer les puces, l’une aux
couleurs françaises, l’autre aux couleurs boliviennes. Nous avons eu droit
à un petit incident car la première puce amenée du port par un camion
poussif sur un chemin cahoteux et étroit, portait uniquement les couleurs
françaises. Nous n’avions pas prévu que sur son passage les badauds endimanchés murmureraient et nous lanceraient ostensiblement ces fleurs aux
couleurs boliviennes rouge et or, qu’ils appellent « cantatos ». Lorsque la
soucoupe fut débarquée sur le parvis, une dame très digne avec son chapeau
melon, ses épaisses tresses noires, sa large jupe, fixa avec autorité un drapeau
bolivien sur l’antenne du téléphone sous-marin. A cet instant arriva la
deuxième puce entièrement décorée aux couleurs boliviennes. En riant j’ai
enlevé le drapeau et l’ai rendu à la dame qui a paru bien confuse.
« La foule se pressait déjà, bigarrée, multicolore. Les gosses couraient
de tous côtés. Les femmes bavardaient avec leurs bébés dans le dos. Le
temps était splendide. Les groupes folkloriques firent leur entrée. Ils arrivaient par toutes les rues montant vers la grande place. Ils débouchaient
musique en tête, portant d’immenses plumes ou des sombreros brillant de
strass. Le bruit était assourdissant. Les cymbales, les tambours et les
trompettes, les flûtes de pan et les violons se déchaînaient, chaque fanfare
jouant pour son propre compte, sans se préoccuper du voisinage des autres.
Pour ajouter à la confusion, les dix-neuf lamas entraient dans la foule,
hautains, superbes et répandant leurs crottes.
« A dix heures précises, le curé fit son apparition à la grande porte
de la cathédrale entre deux enfants de chœur en robe écarlate ; lui-même
portait une immense cape en lamé d’argent. C’était la surprise qu’il nous
Double page suivante : Un des aspects de la fête qui s’est déroulée à I occasion de la bénédiction
des soucoupes. Au premier plan un musicien qui joue de la flûte.
