MAÎTRISER LES ENJEUX SOCIAUX ET ÉCONOMIQUES
M’Bour est situé sur la Petite-Côte à 80 km de Dakar. Avec ses pirogues et
infrastructures de transformation, c’est le plus gros centre de production de
poisson transformé du Sénégal. La majorité des prises est constituée de petits
pélagiques. Le kétiak (poisson braisé-fumé) est le produit dominant du secteur
artisanal de la transformation du poisson.
Le projet avait pour but de perfectionner l’équipement et les méthodes de
fumage, braisage, séchage afin d’accroître la qualité des produits proposés au
consommateur.
Un centre expérimental a été construit sur un terrain à proximité de la plage
face aux aires traditionnelles de transformation du poisson. Le centre est
composé de deux fours de braisage et fumage, de six cuves de fermentation,
d’un séchoir solaire et d’un hangar de stockage de poisson transformé. La
construction du centre et de son équipement a été entièrement financée par le
projet. Les villageois ont participé à la construction du centre, les artisans à celle
du four.
Entièrement gratuit, disposant d’un matériel plus performant que celui
habituellement utilisé, le centre n’a pourtant effectivement fonctionné que
pendant quelques mois.
Si le four a remporté un succès certain, le séchoir solaire, lui , n’a été que
très peu utilisé. L’espace de séchage sous la tente était trop étroit pour que les
femmes puissent circuler facilement. Habituées à sécher leurs produits à l’air
libre dans un grand espace, elles ont eu du mal à s’adapter aux nouvelles
conditions de travail que leur imposait le séchoir solaire. Plus performant que
les autres procédés de séchage, il permettait d’éviter qu’en période d’hivernage,
le poisson se rehumidifie. Or c’est précisément durant la période où il aurait été
le plus utile qu’il s’est révélé impraticable : pendant la saison des pluies, sous
la tente, la température associée à l’humidité est devenue insoutenable.
Inadapté au climat et implanté sans avoir été suffisamment testé par les
utilisatrices, le séchoir a été rapidement délaissé ; les femmes ne l’ont plus utilisé
que comme matériel d’appoint lorsque leur propres claies de séchage étaient
saturées.
Il est donc très important, avant de chercher à introduire une nouvelle
technique, de la tester auprès des utilisatrices et de vérifier qu’elle est bien
adaptée à leurs conditions et habitudes de travail.
57
Précédent

- 57/289

Suivant