Du terrorisme à la répression
103
Le 19 juin, deux Algériens condamnés à mort par le tribunal militaire
d’Alger au mois de mars précédent, Zabana Ben Mohamed et Ferradj
Abdelkader, sont exécutés à la prison Barberousse. Le premier avait tué
un garde-chasse le 1er novembre 1954, il était resté estropié et avait
perdu un œil au cours de son arrestation, mais des charges beaucoup
plus lourdes pèsent sur le second qui avait participé, sous la direction
d’Ali Khodja, à l’embuscade de Sakamody que nous évoquions
précédemment.
Le sort des deux condamnés a donné lieu à un débat animé entre la
majorité de l’opinion européenne qui demande l’exécution logique de
la sentence et une minorité qui souhaite que le président de la République use de son droit de grâce en se référant notamment à l’état de
délabrement physique du grand blessé qu’est Zabana. L’archevêque
d’Alger, Mgr Duval, les plus hautes personnalités islamistes, protestantes et juives, ont uni leurs efforts pour obtenir de Robert Lacoste
qu’il émette un avis favorable à la grâce.
Robert Lacoste, après beaucoup d’hésitations, refuse d’intervenir en
faveur des condamnés parce qu’il sait l’opinion européenne exaspérée
par le développement du terrorisme et très remontée contre un pouvoir
politique qu’elle suspecte de vouloir brader l’Algérie.
À compter du 20 juin, lendemain de l’exécution, jusqu’au 24, de
graves attentats — on en dénombrera vingt et un — frappent Alger. À
la façon marocaine, dix personnes prises au hasard sont tuées et vingtcinq blessées par les terroristes.
Ces morts et ces blessés sont les premiers d’une longue série qui fait
entrer la Ville blanche dans une période noire de violences. Une
remarque relevée dans le bulletin de l’état-major mixte pour la semaine
du 16 au 22 juin montre que les autorités françaises avaient anticipé
l’événement, qu’ils en assumaient le risque :
Cette recrudescence était prévisible après l’exécution, le 19 juin, de deux
condamnés à mort, en raison de l’acuité qu’avait prise à la longue, par suite
de leur non-application, la question des peines capitales25...
Le pouvoir frappe des rebelles dont les comparses répondent par des
actions terroristes... L’Algérie est régie par la loi du talion, tous les
éléments sont réunis pour qu’elle sombre dans le chaos.
Les condamnations se succèdent pendant le mois de juillet 1956, et
les services du gouvernement général en établissent scrupuleusement,
si l’on peut dire, une comptabilité dont témoignent les archives26 :
vingt-deux, puis rectifiées à vingt-sept, pendant la période. Et pour être
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Le 19 juin, deux Algériens condamnés à mort par le tribunal militaire
d’Alger au mois de mars précédent, Zabana Ben Mohamed et Ferradj
Abdelkader, sont exécutés à la prison Barberousse. Le premier avait tué
un garde-chasse le 1er novembre 1954, il était resté estropié et avait
perdu un œil au cours de son arrestation, mais des charges beaucoup
plus lourdes pèsent sur le second qui avait participé, sous la direction
d’Ali Khodja, à l’embuscade de Sakamody que nous évoquions
précédemment.
Le sort des deux condamnés a donné lieu à un débat animé entre la
majorité de l’opinion européenne qui demande l’exécution logique de
la sentence et une minorité qui souhaite que le président de la République use de son droit de grâce en se référant notamment à l’état de
délabrement physique du grand blessé qu’est Zabana. L’archevêque
d’Alger, Mgr Duval, les plus hautes personnalités islamistes, protestantes et juives, ont uni leurs efforts pour obtenir de Robert Lacoste
qu’il émette un avis favorable à la grâce.
Robert Lacoste, après beaucoup d’hésitations, refuse d’intervenir en
faveur des condamnés parce qu’il sait l’opinion européenne exaspérée
par le développement du terrorisme et très remontée contre un pouvoir
politique qu’elle suspecte de vouloir brader l’Algérie.
À compter du 20 juin, lendemain de l’exécution, jusqu’au 24, de
graves attentats — on en dénombrera vingt et un — frappent Alger. À
la façon marocaine, dix personnes prises au hasard sont tuées et vingtcinq blessées par les terroristes.
Ces morts et ces blessés sont les premiers d’une longue série qui fait
entrer la Ville blanche dans une période noire de violences. Une
remarque relevée dans le bulletin de l’état-major mixte pour la semaine
du 16 au 22 juin montre que les autorités françaises avaient anticipé
l’événement, qu’ils en assumaient le risque :
Cette recrudescence était prévisible après l’exécution, le 19 juin, de deux
condamnés à mort, en raison de l’acuité qu’avait prise à la longue, par suite
de leur non-application, la question des peines capitales25...
Le pouvoir frappe des rebelles dont les comparses répondent par des
actions terroristes... L’Algérie est régie par la loi du talion, tous les
éléments sont réunis pour qu’elle sombre dans le chaos.
Les condamnations se succèdent pendant le mois de juillet 1956, et
les services du gouvernement général en établissent scrupuleusement,
si l’on peut dire, une comptabilité dont témoignent les archives26 :
vingt-deux, puis rectifiées à vingt-sept, pendant la période. Et pour être
