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Le livre noir de la guerre d’ Algérie
une section sur les traces d’Artur et de ses hommes, en empruntant la
même piste, non sans avoir averti le commandant Chabot. Celui-ci ne
transmet apparemment pas l’information à l’échelon supérieur et part à
son tour à la tête d’une compagnie, vers 15 h 30, direction sud-ouest,
depuis la Maison Cantonnière.
Poinsignon atteint vers 17 heures les Ouled Bou Dabmane où il
retrouve le guide d’Artur. Le guide lui dit que ce dernier lui a donné
congé, vers 10 h 30, au village de Ouled Bou Lammou. Le lieutenant
Poinsignon décide donc de s’y rendre, mais il est trop tard, lorsqu’il y
arrive, pour poursuivre les recherches. Il y passe la nuit avec ses
hommes, sans d’ailleurs avoir eu de liaison radio avec le commandant
Chabot, et fait mouvement vers les Ouled Djerrah. Il relève, en passant
le col qui précède le village, les premiers indices de l’embuscade.
Pendant ce temps, et toujours ce 18 mai, à 22 h 30, le commandant
Chabot, qui n’avait rien décelé de particulier au cours de ses investigations, et qui avait rassemblé deux compagnies pour reprendre les
recherches le lendemain, informait le sous-secteur qu’il avait perdu le
contact avec Artur et Poinsignon. L’information était alors répercutée
sur la division et la subdivision d’Alger. Une opération est alors montée. Le 19 au matin, des éléments du 3e régiment d’infanterie coloniale
retrouvent Poinsignon et ses hommes et établissent un premier bilan du
drame. A 7 h 30, le général Gouraud arrive en hélicoptère sur les lieux
et met au point une opération d’envergure.
Deux cadavres furent retrouvés en contrebas de la piste dans les rochers, et
les corps de quinze hommes sauvagement assassinés furent découverts dans
les bois à 1 km plus à l’ouest, signalera le général Gouraud dans son rapport
du 20 mai. Il semble que des cadavres et sans doute des prisonniers ont été
ramenés à cet endroit avant d’être abattus, probablement afin d’écarter du
village cette preuve de participation à l’action...
En émettant l’hypothèse d’une implication des villageois dans l’embuscade, le général Gouraud appréhendait une notable partie de la réalité puisqu’il fut reconnu, plus tard, qu’ils avaient pratiqué les
mutilations sur les cadavres des rappelés.
Le rapport du commandant la 27e DIA ne donnait qu’un descriptif
épuré des sévices que les rappelés de la 2e section avaient subis — testicules coupés et ventres remplis de pierres... —, et ne pouvait sur le
moment donner les noms des prisonniers, en l’occurrence les soldats
Dumas et Millet, mais il expliquait les circonstances probables de
l’embuscade :
On peut penser que le sous-lieutenant artur, en quittant ouled bou lammou,
a voulu entrer par un autre itinéraire, ce qui est louable, mais au prix d’une
Le livre noir de la guerre d’ Algérie
une section sur les traces d’Artur et de ses hommes, en empruntant la
même piste, non sans avoir averti le commandant Chabot. Celui-ci ne
transmet apparemment pas l’information à l’échelon supérieur et part à
son tour à la tête d’une compagnie, vers 15 h 30, direction sud-ouest,
depuis la Maison Cantonnière.
Poinsignon atteint vers 17 heures les Ouled Bou Dabmane où il
retrouve le guide d’Artur. Le guide lui dit que ce dernier lui a donné
congé, vers 10 h 30, au village de Ouled Bou Lammou. Le lieutenant
Poinsignon décide donc de s’y rendre, mais il est trop tard, lorsqu’il y
arrive, pour poursuivre les recherches. Il y passe la nuit avec ses
hommes, sans d’ailleurs avoir eu de liaison radio avec le commandant
Chabot, et fait mouvement vers les Ouled Djerrah. Il relève, en passant
le col qui précède le village, les premiers indices de l’embuscade.
Pendant ce temps, et toujours ce 18 mai, à 22 h 30, le commandant
Chabot, qui n’avait rien décelé de particulier au cours de ses investigations, et qui avait rassemblé deux compagnies pour reprendre les
recherches le lendemain, informait le sous-secteur qu’il avait perdu le
contact avec Artur et Poinsignon. L’information était alors répercutée
sur la division et la subdivision d’Alger. Une opération est alors montée. Le 19 au matin, des éléments du 3e régiment d’infanterie coloniale
retrouvent Poinsignon et ses hommes et établissent un premier bilan du
drame. A 7 h 30, le général Gouraud arrive en hélicoptère sur les lieux
et met au point une opération d’envergure.
Deux cadavres furent retrouvés en contrebas de la piste dans les rochers, et
les corps de quinze hommes sauvagement assassinés furent découverts dans
les bois à 1 km plus à l’ouest, signalera le général Gouraud dans son rapport
du 20 mai. Il semble que des cadavres et sans doute des prisonniers ont été
ramenés à cet endroit avant d’être abattus, probablement afin d’écarter du
village cette preuve de participation à l’action...
En émettant l’hypothèse d’une implication des villageois dans l’embuscade, le général Gouraud appréhendait une notable partie de la réalité puisqu’il fut reconnu, plus tard, qu’ils avaient pratiqué les
mutilations sur les cadavres des rappelés.
Le rapport du commandant la 27e DIA ne donnait qu’un descriptif
épuré des sévices que les rappelés de la 2e section avaient subis — testicules coupés et ventres remplis de pierres... —, et ne pouvait sur le
moment donner les noms des prisonniers, en l’occurrence les soldats
Dumas et Millet, mais il expliquait les circonstances probables de
l’embuscade :
On peut penser que le sous-lieutenant artur, en quittant ouled bou lammou,
a voulu entrer par un autre itinéraire, ce qui est louable, mais au prix d’une
