Du terrorisme à la répression
93
uns ont payé leur fidélité à la France, les autres une attitude trop indépendante
à l’égard du FLN, certains peut-être les relations qu’ils entretenaient avec moimême. Tous sont restés invengés [ce n’est pas exact...}, car le terrorisme nous
laisse désarmés du fait de la pénurie extrême de nos Polices et fait éclater
notre impuissance plus encore que l’action militaire des bandes armées, souvent mises en échec par l’agressivité de nos troupes.
Les derniers assassinats —j’ai pu m’en rendre compte personnellement —
ont provoqué dans la population européenne des réactions caractéristiques ; à
ABBO, REBEVAL, BOGHNI, MEKLA, TIZI-RENIFF, HAUSSONVILLIERS, le désespoir est
quasi général, unanime la crise de confiance. La hantise de l’abandon mine
les énergies les mieux trempées. À camp du maréchal, où un jeune colon de
22 ans a été tué avant-hier, c’est une atmosphère de colère et de révolte qui
règne, semblable à haussonvilliers et à palestro. Les Autorités sont honnies
du seul fait qu’elles représentent le gouvernement. On ne veut plus les voir,
ou on manifeste l’intention de les prendre violemment à partie.
Et pourtant le pays tout entier s’engage dans la guerre, les renforts
affluent — il y a déjà plus de deux cent mille hommes en Algérie en
avril...
L’armée, sur le terrain, est loin d’être exempte d’erreurs. L’échec de
la pratique du « ratissage » est patent ; et des manques de précautions
comme à Palestro où le petit convoi pris en embuscade le 12 mars ne
disposait pas d’accompagnement protecteur, bientôt le massacre des
rappelés, ne révèlent-ils pas une inquiétante incurie ? Pourquoi ne pas
regarder en face la faillite du plan de « pacification » et des tentatives
de ralliement des masses musulmanes dont on s’apercevra trop tard
qu’elles méritaient la fameuse « intégration » ?
Déjà dans certains secteurs, l’exode, c’est-à-dire l’abandon, se dessine,
constate le général Olié dans la même correspondance. Des départs ont déjà
eu lieu. D’autres sont décidés et se préparent ; liquidation en Algérie, achats
en France, prospections à l’étranger. Le mouvement n’a pas épargné le cheflieu de ce futur département : tizi-ouzou, lui aussi, a connu récemment les
premiers drames des abandons sans retour.
Au reste, comment ne pas comprendre cet appel pressant du
commandant civil et militaire de la Kabylie : « La lutte contre le terrorisme doit être organisée sans délai. Elle exige de nombreux effectifs
et des agents de qualité... »
Ce problème des effectifs est au centre des préoccupations de l’armée
et de l’Administration confrontées à l’extension du terrorisme. On a
vraiment la sensation, en ces mois d’avril et de mai 1956, qu une course
93
uns ont payé leur fidélité à la France, les autres une attitude trop indépendante
à l’égard du FLN, certains peut-être les relations qu’ils entretenaient avec moimême. Tous sont restés invengés [ce n’est pas exact...}, car le terrorisme nous
laisse désarmés du fait de la pénurie extrême de nos Polices et fait éclater
notre impuissance plus encore que l’action militaire des bandes armées, souvent mises en échec par l’agressivité de nos troupes.
Les derniers assassinats —j’ai pu m’en rendre compte personnellement —
ont provoqué dans la population européenne des réactions caractéristiques ; à
ABBO, REBEVAL, BOGHNI, MEKLA, TIZI-RENIFF, HAUSSONVILLIERS, le désespoir est
quasi général, unanime la crise de confiance. La hantise de l’abandon mine
les énergies les mieux trempées. À camp du maréchal, où un jeune colon de
22 ans a été tué avant-hier, c’est une atmosphère de colère et de révolte qui
règne, semblable à haussonvilliers et à palestro. Les Autorités sont honnies
du seul fait qu’elles représentent le gouvernement. On ne veut plus les voir,
ou on manifeste l’intention de les prendre violemment à partie.
Et pourtant le pays tout entier s’engage dans la guerre, les renforts
affluent — il y a déjà plus de deux cent mille hommes en Algérie en
avril...
L’armée, sur le terrain, est loin d’être exempte d’erreurs. L’échec de
la pratique du « ratissage » est patent ; et des manques de précautions
comme à Palestro où le petit convoi pris en embuscade le 12 mars ne
disposait pas d’accompagnement protecteur, bientôt le massacre des
rappelés, ne révèlent-ils pas une inquiétante incurie ? Pourquoi ne pas
regarder en face la faillite du plan de « pacification » et des tentatives
de ralliement des masses musulmanes dont on s’apercevra trop tard
qu’elles méritaient la fameuse « intégration » ?
Déjà dans certains secteurs, l’exode, c’est-à-dire l’abandon, se dessine,
constate le général Olié dans la même correspondance. Des départs ont déjà
eu lieu. D’autres sont décidés et se préparent ; liquidation en Algérie, achats
en France, prospections à l’étranger. Le mouvement n’a pas épargné le cheflieu de ce futur département : tizi-ouzou, lui aussi, a connu récemment les
premiers drames des abandons sans retour.
Au reste, comment ne pas comprendre cet appel pressant du
commandant civil et militaire de la Kabylie : « La lutte contre le terrorisme doit être organisée sans délai. Elle exige de nombreux effectifs
et des agents de qualité... »
Ce problème des effectifs est au centre des préoccupations de l’armée
et de l’Administration confrontées à l’extension du terrorisme. On a
vraiment la sensation, en ces mois d’avril et de mai 1956, qu une course
