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Le livre noir de la guerre d’ Algérie
« La crainte, le désarroi et la colère »
La Kabylie est au centre des préoccupations au cours de ce printemps
1956, peu d’informations réconfortantes apparaissant d’ailleurs dans les
bilans d’état-major sur l’ensemble du territoire algérien. On éprouve les
plus grandes difficultés à fixer un adversaire toujours plus fluide malgré
la méthode dite du «ratissage» chère au général Paul Cherrière,
méthode dont l’inefficacité est aveuglante. Le manque de résultats sur
le terrain du commandant de la 10e Région militaire — explicable en
partie par l’insuffisance des effectifs qu’il n’a eu trêve de dénoncer —
et ses moyens contestés de répression ont motivé son remplacement par
le général Lorillot, en juillet 1955. L’armée d’Algérie est atteinte dans
son moral et le fait savoir.
Pour ne parler que de la Kabylie, cette note du général Jean Olié19,
qui en assure le commandement civil et militaire, a tous les aspects d’un
cri d’alarme que des événements comme ceux de Palestro suffiraient à
justifier. On est véritablement en pleine dépression psychologique et
plus que jamais « dans le noir » :
Le sentiment unanime des populations de grande kabylie, autant européenne que musulmane, est un sentiment de crainte et de désarroi, écrit le
général Olié au préfet du département d’Alger dans une lettre du 21 avril.
Cette peur et cette détresse se manifestent en particulier par une instabilité
dans les jugements, une hypersensibilité dans les réactions, qui rendent très
difficile une appréciation exacte de la situation.
Tel agent d’autorité interrogé au cours de mes inspections, tel interlocuteur
rencontré (à l’occasion de contacts personnels discrets), confiants et optimistes
la veille, se montrent abattus et désespérés le lendemain. À les entendre, ou
bien la situation pourrait être « retournée en trois semaines », ou bien I’algérie
est « d’ores et déjà perdue ».
Cet état d’esprit si mouvant, si variable dans le temps et dans l’espace, ne
facilite guère la mise au point d’une action méthodique et constructive...
Et parmi les causes du climat psychologique qui, en ce mois d’avril
1956, caractérise la Grande Kabylie, bien que la dégradation de la situation de la région ait été perceptible depuis le début de l’année et, nous
l’avons vu, ait atteint son maximum en mars, « l’influence d’un terrorisme qui s’accroît et marque profondément les esprits ».
L’activité terroriste s’est en effet développée de façon tragique au cours de
ces dernières semaines dans toute la grande kabylie, écrit le général Olié. Ses
victimes, européennes et kabyles, n’ont pas été choisies au hasard : petits
colons, fonctionnaires, chefs traditionnels, notables, intellectuels évolués. Les
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