Du terrorisme à la répression
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tions suspectes qui étaient déplacées de leur région d’origine et enracinées
dans des secteurs plus calmes qu’elles se hâtaient de contaminer. Ces exodes
ont aggravé les problèmes que les expulsés emportaient avec eux et en ont
posé de nouveaux aux groupes amis qui les prenaient en charge : gens affamés,
cas de typhus, une cardiaque laissée sans soins, faute de médicaments [voir
plus loin] ; tout un cortège de misères difficiles à résorber. On a fait éclater
l’Aurès sur la périphérie qui a pourri toutes les communes voisines.
Nos colons commencent à recevoir des lettres en excellent français les
remerciant de la réserve dans laquelle ils se sont tenus, mais les prévenant
qu’incessamment il leur serait demandé une contribution en armes et en
argent... Devant des procédés pareils, la population du Massif [de l’ Aurès]
passe insensiblement du stade de la peur qui l’étreignait et de la passivité, à
une duplicité parfaite. L’exemple est significatif des hommes que nous comptions parmi les plus fidèles, les plus farouches et les plus courageux, qui se
laissent appeler, emmener, martyriser sans aucune réaction, et traiter comme
des victimes expiatoires. A leurs yeux, la cause des « Soldats de Dieu » n’est
plus mauvaise, et ils paient avec fatalisme, au nom de Dieu, la faute d’avoir
servi les Français.
Des situations acquises se renversent brusquement sous les menaces, précise
Lucien Ferré. L’Agha Merchi, dont le loyalisme est indiscutable et qui est à
l’origine de la Harka d’Arris, a entamé des pourparlers en vue d’obtenir le
pardon de la part de ses ennemis. Il a offert des sommes importantes qui lui
ont été refusées. Il n’obtiendra sa grâce qu’en livrant le Capitaine A. [nom en
toutes lettres dans le texte] sus-nommé (renseignements recoupés cinq fois)...
D’un grand intérêt également ces observations d’un homme de terrain
sur les « infiltrations rebelles » à un moment où paraît s’amorcer un
nouveau tournant dans la politique algérienne :
Le déplacement des rebelles (et leur activité) s’accentue maintenant et intéresse la totalité du Massif montagneux. Il présente les caractéristiques suivantes : Déplacement par les hauteurs à travers les forêts. — Vitesse de
30 km/mois environ, direction d’Est vers l’Ouest. Acheminement et incursions
de vallée en vallée, en prélevant le maximum sur les paysans de la plaine. —
Asphyxie des régions de cultures qui précédera, à plus ou moins brève
échéance, l’attaque des centres ruraux dégarnis par nos troupes [mais la rébellion préférera la méthode plus commode pour elle du terrorisme], et plus ou
moins truffés de maquisards locaux. — Objectif : Front unique à travers l’Algérois vers l’Oranie précédant le Front unique de Gabès à Agadir.
Observateur impitoyable de la dégradation de la situation dans
l’Aurès, le contrôleur général Ferré termine son rapport par un certain
nombre de conseils et d’objectifs à atteindre :
Rétablir une autorité civile ferme et juste, remplacer les hauts fonctionnaires, témoins d’un passé révolu, créer la sous-préfecture d Ams, avec la
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