Du terrorisme à la répression
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L’anathème, aggravé de serments solennels de représailles, est lancé contre
des officiers chefs de poste.
Les plaintes, les témoignages sont reçus difficilement et dans la crainte. Il
a été cependant possible d’obtenir avec le maximum de certitude et de garantie, les éléments qui permettent de rattacher aux causes suivantes la situation
actuelle.
À propos du « comportement du commandement militaire » :
Certains chefs d’unités territoriales sont entraînés à perdre de vue la mission
de pacification et de mise en confiance qui leur a été assignée, affirme le
contrôleur général Ferré. Pour des raisons multiples et variées et difficilement
explicables, mais difficiles à appuyer de preuves, ils sont conduits à faire la
guerre, avec tous ses droits, sans limites ni contrôles, avec ses répressions
sanglantes et anonymes, ses crimes injustifiés.
Des exactions et des abus nombreux ont été révélés depuis quelque temps,
mais surtout depuis la dissolution de l’Assemblée nationale et la crise qui
attire vers Paris les regards des responsables. En attendant qu’une politique
nouvelle soit déterminée d’une façon précise, très souvent des critiques sévères
sont adressées à l’égard des officiers qui appliquent avec sincérité les théories
de justice et d’humanité dont ils ont été imprégnés à l’occasion de leur stage.
Certains sont qualifiés de « vendus », expulsés des popotes par leurs camarades « opérationnels » mis en quarantaine, et obligés de faire faire leur cuisine
dans leur Makhzen.
Les autorités administratives traditionnelles ne sont pas plus épargnées par
cette réprobation lorsqu’elles veulent également appliquer un esprit de
compréhension vis-à-vis des populations musulmanes malheureuses. D’autre
part, poursuit le contrôleur Ferré, des mutations, missions, stages différents,
permutations intérieures empêchent quelques officiers chargés d’administrer
un territoire de s’implanter, de prendre des contacts sérieux en profondeur.
Les unités de protection qui étaient décentralisées à l’origine à l’échelon de la
section ont été regroupées d’abord à l’échelon de la compagnie et maintenant
se regroupent, laissant à découvert des agglomérations et des régions harcelées
par la dissidence.
L’un des traits les plus saillants de cette partie du rapport Ferré réside
donc dans la dénonciation d’une forme de dissidence d’éléments de
l’armée, voire de ségrégation qui portent en germe la contestation du
pouvoir civil de mai 1958, et au-delà des rébellions de 1960 et de 1961.
Il y a dans l’immédiat plus grave encore : le contrôleur Ferré n’hésite
pas, en ces premiers jours de 1956, un peu plus d une année après le
début de l’insurrection, à traiter des « exactions des chefs de SAS » et
de harkas :
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