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Le livre noir de la guerre d’ Algérie
d’abord sur les champs de bataille des deux grandes guerres mondiales.
Les anciens de Juin et de De Lattre réunis en associations puissantes
se préparent à monter en première ligne. Leurs manifestes éclatent aux
oreilles des gouverneurs généraux avant de se propager comme traînée
de poudre, portés par le vent de la contestation, outre-Méditerranée.
En ce début de 1956, la gangrène de la rébellion s’étend progressivement à l’ensemble du territoire algérien — l’Est est surtout touché avec
l’Aurès, les régions de Constantine, de Souk-Ahras et de Philippeville —, et les avertissements pessimistes, annonciateurs de nouveaux
drames, vont commencer à s’accumuler sur le bureau du ministre
résidant.
Février 1956 : Le rapport accablant du contrôleur général Ferréx
Le rapport du contrôleur général des services extérieurs de l’Action
administrative et économique, Lucien Ferré, qui vient d’effectuer une
inspection du 21 au 31 janvier, sonne comme un tocsin. Le conflit
algérien, que l’on se refuse encore à nommer par son nom, et que l’on
dissimule sous la forme d’opérations de « maintien de l’ordre »,
emporte de plus en plus avec lui son lot, quasiment inévitable, d’abus
et d’exactions. Inévitable parce que la tentation est trop forte, pour une
armée qui sera progressivement investie de tous les pouvoirs, de ne pas
se comporter en terre colonisée, au milieu — pour beaucoup, les
appelés et les rappelés au premier chef — d’un monde étranger, de
populations souvent misérables, de race, de religion, de coutumes, de
sensibilités différentes. On manquerait d’une des clefs d’explication du
drame algérien, au même titre d’ailleurs que des événements qui ont
embrasé l’Afrique du Nord, si l’on ne prenait en compte le poids d’une
différence aggravée d’ignorance, quand ce n’est pas de mépris et
d’hostilité :
L’impression générale qui découle de la tournée effectuée à travers les
Communes mixtes de Chateaudun-du-Rhumel, d’Aïn-Touta, de l’Aurès, d’Aïn
el-Kasar, de Belezna, de Barika, des Rhiras, et les Communes de Plein Exercice de Batna et de Sétif, écrit le contrôleur général Ferré dans son rapport du
3 février 1956, est le découragement des autorités civiles et militaires, des
fonctionnaires et employés, ainsi que le désarroi chez les commerçants et
ouvriers, chez les agriculteurs et ruraux, Français et Musulmans.
L’Aurès, qui a été le berceau des Sections administratives spécialisées [mais
également l un des tout premiers et des plus conséquents foyers de la rébellion}, pourrait bien en être le tombeau s’il n’est pas mis fin sans délai à certaines pratiques intolérables.
Le livre noir de la guerre d’ Algérie
d’abord sur les champs de bataille des deux grandes guerres mondiales.
Les anciens de Juin et de De Lattre réunis en associations puissantes
se préparent à monter en première ligne. Leurs manifestes éclatent aux
oreilles des gouverneurs généraux avant de se propager comme traînée
de poudre, portés par le vent de la contestation, outre-Méditerranée.
En ce début de 1956, la gangrène de la rébellion s’étend progressivement à l’ensemble du territoire algérien — l’Est est surtout touché avec
l’Aurès, les régions de Constantine, de Souk-Ahras et de Philippeville —, et les avertissements pessimistes, annonciateurs de nouveaux
drames, vont commencer à s’accumuler sur le bureau du ministre
résidant.
Février 1956 : Le rapport accablant du contrôleur général Ferréx
Le rapport du contrôleur général des services extérieurs de l’Action
administrative et économique, Lucien Ferré, qui vient d’effectuer une
inspection du 21 au 31 janvier, sonne comme un tocsin. Le conflit
algérien, que l’on se refuse encore à nommer par son nom, et que l’on
dissimule sous la forme d’opérations de « maintien de l’ordre »,
emporte de plus en plus avec lui son lot, quasiment inévitable, d’abus
et d’exactions. Inévitable parce que la tentation est trop forte, pour une
armée qui sera progressivement investie de tous les pouvoirs, de ne pas
se comporter en terre colonisée, au milieu — pour beaucoup, les
appelés et les rappelés au premier chef — d’un monde étranger, de
populations souvent misérables, de race, de religion, de coutumes, de
sensibilités différentes. On manquerait d’une des clefs d’explication du
drame algérien, au même titre d’ailleurs que des événements qui ont
embrasé l’Afrique du Nord, si l’on ne prenait en compte le poids d’une
différence aggravée d’ignorance, quand ce n’est pas de mépris et
d’hostilité :
L’impression générale qui découle de la tournée effectuée à travers les
Communes mixtes de Chateaudun-du-Rhumel, d’Aïn-Touta, de l’Aurès, d’Aïn
el-Kasar, de Belezna, de Barika, des Rhiras, et les Communes de Plein Exercice de Batna et de Sétif, écrit le contrôleur général Ferré dans son rapport du
3 février 1956, est le découragement des autorités civiles et militaires, des
fonctionnaires et employés, ainsi que le désarroi chez les commerçants et
ouvriers, chez les agriculteurs et ruraux, Français et Musulmans.
L’Aurès, qui a été le berceau des Sections administratives spécialisées [mais
également l un des tout premiers et des plus conséquents foyers de la rébellion}, pourrait bien en être le tombeau s’il n’est pas mis fin sans délai à certaines pratiques intolérables.
