Guy Mollet et son équipe n’ont sans doute pas mesuré l’ampleur des
difficultés qui les attendent... Le 6 février 1956 à Alger ouvre la voie à
toutes les capitulations et à tous les renoncements. Les jets de tomates
contre le chef du gouvernement et les huées de la foule suffisent à
écarter le nouveau ministre résidant à peine nommé. Le général Catroux, jugé trop libéral par le lobby de l’Algérie française et porteur de tous les périls, laisse la place à Robert Lacoste, député de la
Dordogne, auquel Guy Mollet avait confié dans un premier temps le
ministère de l’Economie et des Finances. Un socialiste tout en rondeur,
massif, qui acceptera sans hésitation des responsabilités empoisonnées
que plusieurs autres ont écartées avant lui.
Cet ancien dirigeant syndicaliste de la Fonction publique et résistant,
qui fut en 1945 ministre de l’Economie du général de Gaulle, à qui il
voue d’ailleurs une profonde admiration, débarque à Alger avec la
volonté de garder F Algérie française en laissant la porte ouverte aux
réformes. Mais sans perspectives politiques dignes de ce nom, sans la
moindre velléité d’ouverture vers les nationalistes les plus modérés. Le
rétablissement de l’ordre, travesti en « pacification », est son dogme.
Les objections de conscience ne sont pas son fort. Il n’a pas besoin de
passer par les interrogations intellectuelles d’un Jacques Soustelle qui
fit à Alger son chemin de Damas avant de se transformer en apôtre
inconditionnel du maintien des trois départements dans l’ensemble français. Hommes de conviction et animés par un profond patriotisme dont
ils ont donné la preuve pendant les années sombres, Soustelle et Lacoste
prennent dans l’approche du problème algérien plusieurs décades de
retard. Le mirage algérien les fascine avant de les aveugler. On ne
résiste pas facilement à l’attraction de cette terre dont la population
européenne estime avoir conquis ses droits à demeurer française, et
Précédent

- 58/420

Suivant