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Le livre noir de la guerre d’ Algérie
Soustelle s’était rendu sur place dès qu’il avait connu l’ampleur du
mouvement insurrectionnel ; à l’hôpital de Philippeville, le spectacle
des mutilations infligées aux victimes, le récit de forfaits perpétrés à
El-Alia, où l’on avait vu des insurgés jeter des bébés contre les murs
et leur fracasser le crâne, l’avaient profondément marqué et avait indiscutablement influé sur ses options politiques.
Les milieux nationalistes avancent pour leur part des évaluations de
12 000 tués chez les musulmans, évaluations tout aussi extravagantes
que celles concernant les émeutes de 1945.
Relevées dès les premiers témoignages la coordination des heures
d’intervention sur des points géographiquement délimités et l’organisation de commandos armés encadrant la foule des musulmans dirigés
vers les lieux vitaux des centres désignés apportaient la certitude d’un
commandement unique. Cette certitude acquise sur le terrain par les
forces de l’ordre sera confirmée : la décision du soulèvement avait été
prise et ses diverses étapes prévues lors de la conférence des principaux
responsables de la wilaya 2 réunis autour de Zighout Youssef, qui avait
succédé à Didouche Mourad.
Zighout Youssef sera tué à son tour, le 23 septembre 1956, pendant
un engagement avec des éléments du 4e régiment d’infanterie coloniale,
près de Sidi Mesrich. Il venait de participer au « congrès » de la Soummam [dont nous reparlerons] qui l’avait désigné pour siéger au nouveau Conseil national de la résistance algérienne.
La répression du soulèvement est très dure, impitoyable. À Philippeville, l’armée procède à des exécutions sommaires devant la foule rassemblée. Les attaques coordonnées par le commandement de la
wilaya 2 ont coûté très cher aux foules musulmanes qui avaient obéi
aux consignes ; la réponse des forces de l’ordre dans leur brutalité
confirme les appréhensions de ceux qui redoutaient qu’un nouveau
fossé fût creusé entre les deux communautés.
Une nouvelle « page noire » de la guerre d’Algérie est tournée.
Parlant de la répression — qu’il est d’ailleurs plus facile de condamner avec le recul de l’Histoire que lorsqu’on est confronté au quotidien... , il faut revenir sur le nombre des « suspects » arrêtés, selon
« 1 historique des faits » du JMO de la 14e division d’infanterie. Ils sont
donc, officiellement, 3 505 qui vont être soumis à des formalités, si
1 on peut dire, de contrôle et d’internement qui ne seront pas toujours
provisoires.
Les premiers camps d’internement ont été construits en avril de cette
année 1955 ; une circulaire de Jacques Soustelle en juin, deux mois
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