Les années perdues
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vellement possible d’actes criminels et généralisés de la part de la masse
musulmane.
La masse musulmane craint des représailles de toutes parts :
— répression de la part des forces de l’ordre et des populations européennes
parce qu’elles avaient participé activement ou passivement au mouvement
insurrectionnel et par cela même, complice de ces événements.
— crainte de nouvelles opérations de la part des forces rebelles en guise de
répression, agissant ainsi au désir de se soustraire à l’emprise de ces bandits
en se réfugiant dans des zones plus calmes.
Au soir du 20 août, malgré les pertes amies (civils et militaires) subies, il
peut être réconfortant que cette insurrection se soit soldée par un échec partiel.
Les rebelles n’ont récupéré aucune arme sur nos troupes, et le massacre des
Européens, somme toute, a été limité.
Ces dernières remarques attestant que toutes les informations n’ont
pour le moment pas « remonté », et qu’on ne dispose pas encore à la
subdivision de Constantine de tous les éléments d’appréciation, sinon
sur le nombre des victimes européennes.
Mais les vrais rebelles n’ayant été engagés qu’en petit nombre, le potentiel
adverse n’est pour ainsi dire pas entamé [poursuit le JMO de la subdivision
de Constantine] :
Il faut donc s’attendre dans les jours à venir que les efforts de notre adversaire soient axés sur les points suivants :
— récupérations d’armes par commandos,
— recrutement de gré ou de forces des hommes,
— intensification de la propagande,
— augmentation des embuscades, plus payantes qu’une action généralisée.
Il ne faut pas toutefois écarter la possibilité d’une nouvelle insurrection.
Il nous appartient donc d’être nombreux sur la brèche, actifs et vigilants.
Les actions rebelles se poursuivent le lendemain, 21 août, par
diverses attaques, de nombreuses coupures de routes — d’El-Milia à
Collo notamment ; le 22 et « dans un dernier sursaut », par l’accrochage
d’une unité militaire à la Mechta Taskif, sur la route d’El-Milia à Grarem. « Cependant, partout [ce 22 août 1955], les éléments armés sont
maîtres de la situation. Le soulèvement est terminé. »
Le bilan des trois journées insurrectionnelles s’établit, selon les
sources militaires31, à 20 tués et 54 blessés pour l’armée ; 310 tués,
2 blessés, 119 prisonniers du côté des HLL, et «3 505 suspects
arrêtés ».
Selon Jacques Soustelle et le gouvernement général, il fallait tabler
sur le chiffre de 123 tués, dont 71 civils européens, par les commandos
de l’ALN ou par les foules qu’ils encadraient le plus souvent, et 1 273
à ranger dans la catégorie des « rebelles ».
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