Les années perdues
55
« détermine le repli en ordre sur coups de sifflet ». Des émeutiers qui
s’étaient réfugiés dans la mosquée tentent de résister mais ils en sont
délogés, non sans combat, deux gendarmes ayant été blessés au cours
de l’engagement. On ne saura pas le nombre exact des tués et des
blessés.
• À Philippeville, vers 10 h 50, la journée d’émeutes commence par
un léger accrochage entre des éléments rebelles et les patrouilles de
police vers les carrières romaines, près du faubourg de l’Espérance.
Puis la sirène sonne, qui annonce des événements graves... En effet,
trois groupes se dirigent vers la ville, venant de Valée, des carrières
romaines et du ravin Beni-Melek, et réussissent à s’infiltrer grâce à la
complicité d’une partie de la population musulmane : quelque six cents
manifestants surexcités, fanatisés, armés de fusils de guerre et de
chasse, brandissant des haches, des serpes et des couteaux, avec des
bouteilles d’essence, parfois revêtus de salopettes et de pataugas qui
ressemblent vaguement à des uniformes militaires. Deux camions
chargés de carburant et d’explosifs sont interceptés alors qu’ils cherchaient à atteindre le siège de la gendarmerie et de la police des Renseignements généraux. Ailleurs, des hommes se sont détachés des cortèges
pour lancer des grenades dans les cafés, d’autres s’attaquant à des automobilistes qu’ils arrachent à leur véhicule et qu’ils frappent à coups de
couteau ou de rasoir.
Spectacle de cauchemar, auquel ne résistera pas le gouverneur
Jacques Soustelle. En attendant, « la réaction par les éléments stationnés
à Philippeville est vive, mais ces éléments sont obligés de livrer des
combats de rue pour dégager la ville et ses environs immédiats »,
commente le JMO de la subdivision de Constantine, ce qui, sous des
expressions à peine voilées, revient à reconnaître non seulement la
résistance qu’opposent les assaillants, mais également la férocité de la
riposte. Constat maintes fois renouvelé, depuis Sétif et plus tard pendant
le conflit, de la colère incontrôlable qui emporte les témoins des atrocités. On rapportera que les militaires tiraient dans les rues sur le premier musulman rencontré, que les émeutiers faits prisonniers étaient
fusillés devant la foule rassemblée, et « qu’il y en avait tellement qu’il
fallut les enterrer au bulldozer »...
• Il y a pire, sans doute, s’il est possible, aux mines de fer à El-Alia,
où se côtoient apparemment sans histoire Européens et musulmans.
Quelques rumeurs, avant ce 20 août, ont bien laissé entrevoir qu il pourrait se passer quelque chose, mais quand ?
On a déjà décrit l’horreur des massacres et des mutilations qui
deviendront quotidiennes, c’est pourquoi nous n y reviendrons qu à
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« détermine le repli en ordre sur coups de sifflet ». Des émeutiers qui
s’étaient réfugiés dans la mosquée tentent de résister mais ils en sont
délogés, non sans combat, deux gendarmes ayant été blessés au cours
de l’engagement. On ne saura pas le nombre exact des tués et des
blessés.
• À Philippeville, vers 10 h 50, la journée d’émeutes commence par
un léger accrochage entre des éléments rebelles et les patrouilles de
police vers les carrières romaines, près du faubourg de l’Espérance.
Puis la sirène sonne, qui annonce des événements graves... En effet,
trois groupes se dirigent vers la ville, venant de Valée, des carrières
romaines et du ravin Beni-Melek, et réussissent à s’infiltrer grâce à la
complicité d’une partie de la population musulmane : quelque six cents
manifestants surexcités, fanatisés, armés de fusils de guerre et de
chasse, brandissant des haches, des serpes et des couteaux, avec des
bouteilles d’essence, parfois revêtus de salopettes et de pataugas qui
ressemblent vaguement à des uniformes militaires. Deux camions
chargés de carburant et d’explosifs sont interceptés alors qu’ils cherchaient à atteindre le siège de la gendarmerie et de la police des Renseignements généraux. Ailleurs, des hommes se sont détachés des cortèges
pour lancer des grenades dans les cafés, d’autres s’attaquant à des automobilistes qu’ils arrachent à leur véhicule et qu’ils frappent à coups de
couteau ou de rasoir.
Spectacle de cauchemar, auquel ne résistera pas le gouverneur
Jacques Soustelle. En attendant, « la réaction par les éléments stationnés
à Philippeville est vive, mais ces éléments sont obligés de livrer des
combats de rue pour dégager la ville et ses environs immédiats »,
commente le JMO de la subdivision de Constantine, ce qui, sous des
expressions à peine voilées, revient à reconnaître non seulement la
résistance qu’opposent les assaillants, mais également la férocité de la
riposte. Constat maintes fois renouvelé, depuis Sétif et plus tard pendant
le conflit, de la colère incontrôlable qui emporte les témoins des atrocités. On rapportera que les militaires tiraient dans les rues sur le premier musulman rencontré, que les émeutiers faits prisonniers étaient
fusillés devant la foule rassemblée, et « qu’il y en avait tellement qu’il
fallut les enterrer au bulldozer »...
• Il y a pire, sans doute, s’il est possible, aux mines de fer à El-Alia,
où se côtoient apparemment sans histoire Européens et musulmans.
Quelques rumeurs, avant ce 20 août, ont bien laissé entrevoir qu il pourrait se passer quelque chose, mais quand ?
On a déjà décrit l’horreur des massacres et des mutilations qui
deviendront quotidiennes, c’est pourquoi nous n y reviendrons qu à
