Les années perdues
51
soulèvement. L’insurrection éclate précisément alors qu’il est à Arris,
en plein cœur du massif de l’Aurès, Arris dont les communications
avec l’extérieur sont coupées. L’ethnologue endosse l’uniforme d’un
chef de guerre en mobilisant les agents administratifs et en ralliant à
lui une tribu dont il a reçu des gages de fidélité, non sans avoir rassemblé les familles européennes dans le bordj. Après avoir organisé
l’autodéfense, il part au secours des victimes des gorges de Tighanimine. Son courage et son dévouement rejailliront sur ses compatriotes
d’Arris : le lendemain, le centre sera dégagé par une colonne partie de
Biskra.
Des opérations subversives visent également, mais dans de moindres
proportions, au Kroub, au sud de Constantine, et toujours dans le
Constantinois Souk-Ahras, à l’ouest et vers la Petite Kabylie CondéSmendou et Saint-Charles ; en Grande Kabylie, plusieurs centres :
Azazga, Tigzirt, Rébeval, Camp du Maréchal et Bordj-Menaiel. La
situation s’est caractérisée dans l’ensemble de la Kabylie par des
attaques contre des casernes, des gendarmeries, des sabotages et des
incendies contre des dépôts d’essence.
Rien de particulier n’est à signaler d’Alger à la frontière marocaine.
L’Oranie est restée calme.
Sans revêtir un aspect dramatique, les événements du 1er novembre
1954 constituent donc une alerte sérieuse qui justifie que la 25e Division
d’infanterie Aéroportée (25e DIAP), sous le commandement du général Gilles, soit transférée dans l’Aurès. Ce renfort ne rassure pas totalement le général Paul Cherrière, nommé commandant en chef le
26 octobre, qui souligne régulièrement l’insuffisance de ses effectifs :
50 000 hommes, y compris les services administratifs, en réalité 15 000
effectivement opérationnels, mais qui ne sont pas préparés à des opérations de police.
Pour le reste, quelque 10 000 gendarmes et policiers ne disposant que
d’un matériel déjà vieillissant, hérité de la Seconde Guerre mondiale, de
locaux insuffisants et souvent vétustes, ignorant pour la plupart d’entre
eux la langue arabe et peu au fait des traditions du pays où ils sont
appelés à servir, disséminés sur un territoire quatre fois grand comme
la France et dont certaines régions sont, par leur relief, imperméables à
un contrôle efficace. À titre d’exemples, dans le département de
Constantine, dont on ne peut pas dire qu’il soit connu... pour sa tranquillité, 12 gendarmes de la brigade de M’Sila (dans la plaine du
Hodna) ont en charge 50 718 habitants, et ceux de Saint-Arnaud (au
sud-est de Sétif) sont 11 pour 54 833 habitants. On rappellera qu’à
la même époque la moyenne métropolitaine est de 1 gendarme pour
1 300 habitants.
51
soulèvement. L’insurrection éclate précisément alors qu’il est à Arris,
en plein cœur du massif de l’Aurès, Arris dont les communications
avec l’extérieur sont coupées. L’ethnologue endosse l’uniforme d’un
chef de guerre en mobilisant les agents administratifs et en ralliant à
lui une tribu dont il a reçu des gages de fidélité, non sans avoir rassemblé les familles européennes dans le bordj. Après avoir organisé
l’autodéfense, il part au secours des victimes des gorges de Tighanimine. Son courage et son dévouement rejailliront sur ses compatriotes
d’Arris : le lendemain, le centre sera dégagé par une colonne partie de
Biskra.
Des opérations subversives visent également, mais dans de moindres
proportions, au Kroub, au sud de Constantine, et toujours dans le
Constantinois Souk-Ahras, à l’ouest et vers la Petite Kabylie CondéSmendou et Saint-Charles ; en Grande Kabylie, plusieurs centres :
Azazga, Tigzirt, Rébeval, Camp du Maréchal et Bordj-Menaiel. La
situation s’est caractérisée dans l’ensemble de la Kabylie par des
attaques contre des casernes, des gendarmeries, des sabotages et des
incendies contre des dépôts d’essence.
Rien de particulier n’est à signaler d’Alger à la frontière marocaine.
L’Oranie est restée calme.
Sans revêtir un aspect dramatique, les événements du 1er novembre
1954 constituent donc une alerte sérieuse qui justifie que la 25e Division
d’infanterie Aéroportée (25e DIAP), sous le commandement du général Gilles, soit transférée dans l’Aurès. Ce renfort ne rassure pas totalement le général Paul Cherrière, nommé commandant en chef le
26 octobre, qui souligne régulièrement l’insuffisance de ses effectifs :
50 000 hommes, y compris les services administratifs, en réalité 15 000
effectivement opérationnels, mais qui ne sont pas préparés à des opérations de police.
Pour le reste, quelque 10 000 gendarmes et policiers ne disposant que
d’un matériel déjà vieillissant, hérité de la Seconde Guerre mondiale, de
locaux insuffisants et souvent vétustes, ignorant pour la plupart d’entre
eux la langue arabe et peu au fait des traditions du pays où ils sont
appelés à servir, disséminés sur un territoire quatre fois grand comme
la France et dont certaines régions sont, par leur relief, imperméables à
un contrôle efficace. À titre d’exemples, dans le département de
Constantine, dont on ne peut pas dire qu’il soit connu... pour sa tranquillité, 12 gendarmes de la brigade de M’Sila (dans la plaine du
Hodna) ont en charge 50 718 habitants, et ceux de Saint-Arnaud (au
sud-est de Sétif) sont 11 pour 54 833 habitants. On rappellera qu’à
la même époque la moyenne métropolitaine est de 1 gendarme pour
1 300 habitants.
