Les années perdues
47
en Afrique du Nord où la chute du prestige de la France encourage les
revendications nationalistes.
• Le 18 juin, Pierre Mendès France est investi par l’Assemblée
nationale.
PMF a quarante-sept ans en 1954. Avocat, député radical-socialiste
de Louviers, dans l’Eure, depuis 1932. Secrétaire d’État dans le
deuxième gouvernement Léon Blum en 1938. Arrêté, en 1940, par le
gouvernement de Vichy, il s’évade, rejoint la France libre et sert dans
l’aviation de bombardement. Membre du CFLN à Alger, il en devient
le ministre des Finances en 1943. Le général de Gaulle lui confie l’Économie nationale en 1944, mais il démissionne parce qu’on lui refuse
les mesures d’assainissement qu’il avait demandées. Il est élu en 1946
et échoue dans la formation du gouvernement en juin 1953.
François Mitterrand détient le ministère de l’intérieur, et le maire
d’Alger, depuis 1953, Jacques Chevallier, connu pour ses idées libérales, est secrétaire d’État à la Guerre dans le nouveau gouvernement.
Mendès France tient ses promesses d’un règlement rapide du conflit
indochinois en rencontrant dans un premier temps le ministre des
Affaires étrangères de la Chine populaire, Chou En-lai, et en signant le
20 juillet 1954, à Genève, les accords impliquant l’armistice. Mais ce
résultat, approuvé par une très large majorité de députés, ne constitue
qu’un premier résultat sur la liste des problèmes qui attendent Pierre
Mendès France et son équipe. La situation en Algérie paraît suffisamment inquiétante pour que le ministre de l’intérieur y effectue un
voyage officiel, du 16 au 22 octobre.
1er novembre : on savait quelque chose, mais...
Une situation dont plusieurs rapports ont effectivement souligné la
dégradation. Dès le mois d’avril 1954, le directeur de la Sûreté en Algérie, le préfet Jean Vaujour, a signalé les indices d’une agitation clandestine comportant des risques de coups de main armés28. Le 23 octobre,
Jean Vaujour soumet à la signature du gouverneur général Roger Léonard une lettre destinée à François Mitterrand et dont l’objet est « la
constitution d’un groupe autonome d’action directe en Algérie29 » :
J’ai l’honneur de vous adresser, sous ce pli, un rapport établi par la police
des Renseignements généraux d’Alger sur la constitution en Algérie d’un
groupe antonome d’action directe par les séparatistes extrémistes.
Cette éventualité a, à plusieurs reprises, été invoquée dans mes synthèses et
rapports à la suite de renseignements recueillis ou de déclarations ouvertes de
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en Afrique du Nord où la chute du prestige de la France encourage les
revendications nationalistes.
• Le 18 juin, Pierre Mendès France est investi par l’Assemblée
nationale.
PMF a quarante-sept ans en 1954. Avocat, député radical-socialiste
de Louviers, dans l’Eure, depuis 1932. Secrétaire d’État dans le
deuxième gouvernement Léon Blum en 1938. Arrêté, en 1940, par le
gouvernement de Vichy, il s’évade, rejoint la France libre et sert dans
l’aviation de bombardement. Membre du CFLN à Alger, il en devient
le ministre des Finances en 1943. Le général de Gaulle lui confie l’Économie nationale en 1944, mais il démissionne parce qu’on lui refuse
les mesures d’assainissement qu’il avait demandées. Il est élu en 1946
et échoue dans la formation du gouvernement en juin 1953.
François Mitterrand détient le ministère de l’intérieur, et le maire
d’Alger, depuis 1953, Jacques Chevallier, connu pour ses idées libérales, est secrétaire d’État à la Guerre dans le nouveau gouvernement.
Mendès France tient ses promesses d’un règlement rapide du conflit
indochinois en rencontrant dans un premier temps le ministre des
Affaires étrangères de la Chine populaire, Chou En-lai, et en signant le
20 juillet 1954, à Genève, les accords impliquant l’armistice. Mais ce
résultat, approuvé par une très large majorité de députés, ne constitue
qu’un premier résultat sur la liste des problèmes qui attendent Pierre
Mendès France et son équipe. La situation en Algérie paraît suffisamment inquiétante pour que le ministre de l’intérieur y effectue un
voyage officiel, du 16 au 22 octobre.
1er novembre : on savait quelque chose, mais...
Une situation dont plusieurs rapports ont effectivement souligné la
dégradation. Dès le mois d’avril 1954, le directeur de la Sûreté en Algérie, le préfet Jean Vaujour, a signalé les indices d’une agitation clandestine comportant des risques de coups de main armés28. Le 23 octobre,
Jean Vaujour soumet à la signature du gouverneur général Roger Léonard une lettre destinée à François Mitterrand et dont l’objet est « la
constitution d’un groupe autonome d’action directe en Algérie29 » :
J’ai l’honneur de vous adresser, sous ce pli, un rapport établi par la police
des Renseignements généraux d’Alger sur la constitution en Algérie d’un
groupe antonome d’action directe par les séparatistes extrémistes.
Cette éventualité a, à plusieurs reprises, été invoquée dans mes synthèses et
rapports à la suite de renseignements recueillis ou de déclarations ouvertes de
