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Le livre noir de la guerre d’ Algérie
les massacres d’innocents se multiplient, la répression est de plus en
plus sauvage. Le 24 décembre 1953 une bombe explose au marché
central de Casablanca, au moment, dans la matinée, où les femmes
européennes font leurs courses de Noël. Vingt morts. Des témoins
entendent des pompiers marocains se féliciter du carnage en transportant les victimes.
Mais à peu près à la même époque un journaliste européen assiste à
cette scène terrible de répression... Passant outre à l’interdiction — le
droit d’association n’est pas reconnu dans le protectorat —, des groupes
d’ouvriers marocains convergent vers la Bourse du travail de Casablanca. Au lieu d’intervenir, la police laisse faire, le rassemblement a
lieu. Protestations contre les conditions de travail, l’insuffisance des
salaires, le logement (Casablanca est encerclé de bidonvilles, foyers
fréquents d’agitation), slogans nationalistes, ce qui était prévisible...
Soulagés d’avoir crié leur colère, les ouvriers marocains commencent
à quitter la Bourse du travail, mais les policiers en force les attendent
à la sortie, en regroupent un certain nombre et les font monter dans des
camions. Direction, commissariat central. Là, dans un endroit retiré, les
protestataires sont d’abord bloqués dans un coin ; mousquetons à la
main, les policiers les obligent à passer entre deux files, à chaque pas
répond un coup sur la tête. Des plaintes, des hurlements, du sang. Au
bout de l’« itinéraire », les hommes s’effondrent, s’entassent les uns sur
les autres, certains râlant, d’autres sans doute déjà morts.
Le sultan avait été destitué, les rassemblements étaient proscrits, et
les bombes n’en finissaient pas d’exploser. Le parti nationaliste de l’Istiqlal organisait des petites équipes de militants qui, la nuit avancée,
partaient sur une bicyclette à la recherche d’un Européen isolé. La proie
détectée, une approche feutrée, un coup de revolver dans la nuque... Un
point marqué pour l’indépendance du Maroc !
A la même heure, peut-être, tel Européen quittait son bureau, comme
ce directeur de société que le témoin du commissariat central connaissait, lui aussi, le revolver dans sa poche. Pour accomplir une vengeance
aveugle, contre n’importe quel « indigène », après un attentat meurtrier : « Ils vont nous le payer ! »
«Le Maroc est perdu pour la France», pensait le journaliste. Les
faits lui donnèrent raison, mais pas complètement, car il se trouva en
France et au Maroc des hommes suffisamment intelligents pour éviter
que cette terre magnifique ne sombrât dans le chaos, et que l’amitié
franco-marocaine fût à jamais compromise.
• 1954. «L année de l’Algérie», et de l’Indochine. Le 7 mai, le
camp retranché de Diên Biên Phû capitule. L’effet en est considérable
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