Les années perdues
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soulignée, d’imaginer que les trois départements resteraient protégés de
la vague nationaliste alors que les deux protectorats demandaient puis
obtenaient leur indépendance, engagera la France dans une impasse
dont elle n’émergera qu’au prix de plus de sept années de conflit.
En Tunisie, comme au Maroc plus tard, on se ferme d’abord au dialogue, puis on entrebâille une porte... Le 13 juin 1950, Louis Périllier,
qui vient d’être nommé résident général, engage un processus qui
conduira au mois d’août à organiser un certain nombre de modifications
institutionnelles conduisant à l’autonomie interne.
De Tunis à Rabat... Le 10 octobre 1950, le sultan publie un mémorandum dans lequel il demande à la France d’établir des relations sur des
bases nouvelles. Les relations deviennent conflictuelles entre le général Juin, résident général depuis mai 1947, et le sultan qui refuse de
désavouer le mouvement nationaliste Istiqlal. Ces relations seront tout
aussi mauvaises avec le successeur du futur maréchal, le
général Guillaume.
1951. Fin décembre. Le chef du cabinet tunisien, Mohammed Chenik, ayant demandé dans un mémorandum l’élection d’une Assemblée
nationale qui disposerait du droit de désigner l’exécutif, Paris fait la
sourde oreille, une grève générale est déclenchée, des émeutes, voire
une insurrection armée, s’ensuivent. A compter du 14 janvier 1952 et
pour plusieurs jours, la crise franco-tunisienne se transforme en drame :
recours du cabinet Chenik devant l’ONU, arrestation de Habib Bourguiba et de plusieurs dirigeants du Néo-Destour, émeutes.
Aux deux extrémités de l’Algérie, on s’achemine vers des affrontements de plus en plus graves. En Tunisie, Mohammed Chenik et ses
ministres sont déportés en mars 1952 ; le terrorisme (qui en annonce
d’autres, et ailleurs...), se développe ; l’assassinat de Ferhat Hached, le
fondateur et dirigeant de l’Union Générale des Travailleurs Tunisiens
(UGTT), déclenche le 5 décembre 1952 une nouvelle vague de violence
qui atteint le Maroc le lendemain et le surlendemain. Plusieurs dizaines
de manifestants nationalistes sont tués à Casablanca au cours de
bagarres avec la police. La rupture sera consommée par la déposition
du sultan, le 14 août 1953.
Une déposition qui non seulement ne règle rien mais recule les
chances d’une évolution pacifique. Mohammed ben Youssef est remplacé par Moulay Ben Arafa, promu sultan par la double volonté du
pacha de Marrakech Si Thani el-Glaoui et la Résidence générale. Le
sultan détrôné part en exil sous la contrainte (première étape de son
éloignement, la Corse)... et recueille de ce fait un surcroît de prestige.
On raconte dans les médinas et le « bled » qu’en examinant la lune à
la nuit tombée on peut y apercevoir les traits de l’ancien sultan qui
entend manifester sa présence à ses sujets ! Le terrorisme prospère,
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soulignée, d’imaginer que les trois départements resteraient protégés de
la vague nationaliste alors que les deux protectorats demandaient puis
obtenaient leur indépendance, engagera la France dans une impasse
dont elle n’émergera qu’au prix de plus de sept années de conflit.
En Tunisie, comme au Maroc plus tard, on se ferme d’abord au dialogue, puis on entrebâille une porte... Le 13 juin 1950, Louis Périllier,
qui vient d’être nommé résident général, engage un processus qui
conduira au mois d’août à organiser un certain nombre de modifications
institutionnelles conduisant à l’autonomie interne.
De Tunis à Rabat... Le 10 octobre 1950, le sultan publie un mémorandum dans lequel il demande à la France d’établir des relations sur des
bases nouvelles. Les relations deviennent conflictuelles entre le général Juin, résident général depuis mai 1947, et le sultan qui refuse de
désavouer le mouvement nationaliste Istiqlal. Ces relations seront tout
aussi mauvaises avec le successeur du futur maréchal, le
général Guillaume.
1951. Fin décembre. Le chef du cabinet tunisien, Mohammed Chenik, ayant demandé dans un mémorandum l’élection d’une Assemblée
nationale qui disposerait du droit de désigner l’exécutif, Paris fait la
sourde oreille, une grève générale est déclenchée, des émeutes, voire
une insurrection armée, s’ensuivent. A compter du 14 janvier 1952 et
pour plusieurs jours, la crise franco-tunisienne se transforme en drame :
recours du cabinet Chenik devant l’ONU, arrestation de Habib Bourguiba et de plusieurs dirigeants du Néo-Destour, émeutes.
Aux deux extrémités de l’Algérie, on s’achemine vers des affrontements de plus en plus graves. En Tunisie, Mohammed Chenik et ses
ministres sont déportés en mars 1952 ; le terrorisme (qui en annonce
d’autres, et ailleurs...), se développe ; l’assassinat de Ferhat Hached, le
fondateur et dirigeant de l’Union Générale des Travailleurs Tunisiens
(UGTT), déclenche le 5 décembre 1952 une nouvelle vague de violence
qui atteint le Maroc le lendemain et le surlendemain. Plusieurs dizaines
de manifestants nationalistes sont tués à Casablanca au cours de
bagarres avec la police. La rupture sera consommée par la déposition
du sultan, le 14 août 1953.
Une déposition qui non seulement ne règle rien mais recule les
chances d’une évolution pacifique. Mohammed ben Youssef est remplacé par Moulay Ben Arafa, promu sultan par la double volonté du
pacha de Marrakech Si Thani el-Glaoui et la Résidence générale. Le
sultan détrôné part en exil sous la contrainte (première étape de son
éloignement, la Corse)... et recueille de ce fait un surcroît de prestige.
On raconte dans les médinas et le « bled » qu’en examinant la lune à
la nuit tombée on peut y apercevoir les traits de l’ancien sultan qui
entend manifester sa présence à ses sujets ! Le terrorisme prospère,
