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Le livre noir de la guerre d’ Algérie
d’une section de goumiers, mais ils se mutinent et, selon le rapport des
gendarmes, brandissent contre leurs gardiens des « armes blanches »
qu’ils avaient apparemment réussi « à dissimuler sous leurs vêtements ». Les harkis tirent, les gendarmes et le sergent-chef commandant
la section tentent de les calmer, vainement : le feu s’éternise pendant
dix minutes, «trente et un cadavres étaient alors dénombrés sur le
terrain ».
Les harkis de Saint-Denis-du-Sig ont, tout au moins pour l’heure, et
parce qu’ils sont encore sous protection de l’armée, obtenu vengeance.
Ce sont l’exception.
La quadruple option qui s’offre aux harkis est alors le retour à la vie
civile avec le versement d’une prime — un retour à la vie civile qui est
en fait accompagné d’un passeport pour l’arrestation voire l’exécution —, l’admission dans le personnel civil de l’armée pendant une
période de six mois — délai au terme duquel l’intéressé est laissé à
lui-même avec tous les risques que cette situation comporte —, d’un
engagement ou d’un rengagement dans l’armée — mais les conditions
en sont très difficiles —, ou d’un rapatriement à titre civil dans le cadre
de la loi dite Boulin — Robert Boulin est alors le secrétaire d’État aux
rapatriés.
Or les instructions sont fréquentes aux plus hauts niveaux du gouvernement, en fonction des critères que nous rappelions, pour veiller à
canaliser et à restreindre le nombre des candidats harkis à l’émigration
vers la métropole, par crainte non avouée — mais ce n’est pas l’unique
raison — que des éléments de l’OAS ne se glissent parmi les nouveaux
arrivants.
Le ministre d’État Louis Joxe, toujours en charge des Affaires algériennes, communique au haut-commissaire en Algérie, Christian Fouchet, dans un télégramme du 12 mai 196264 :
Les renseignements qui me parviennent sur les rapatriements prématurés de
supplétifs indiquent l'existence de véritables réseaux tissés sur l’Algérie et la
métropole dont la partie algérienne a souvent pour origine un chef de SAS. Je
vous envoie au fur et à mesure la documentation que je reçois à ce sujet. Vous
voudrez bien faire rechercher tant dans l'année que dans l’administration les
promoteurs et les complices de ces entreprises et faire prendre les sanctions
appropriées. Les supplétifs débarqués en métropole en dehors du plan général
de rapatriement seront en principe renvoyés en Algérie où ils devront
rejoindre, avant qu'il soit statué sur leur destination définitive, le personnel
regroupé suivant mes directives des 7 et 11 avril. Je n’ignore pas que ce renvoi
peut être interprété par les propagandistes de la sédition comme un refus d’assurer l’avenir de ceux qui nous sont demeurés fidèles. Il conviendra donc
d’éviter de donner la moindre publicité à cette mesure. Mais ce qu’il faut
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