Les fausses espérances et le chaos
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souvenirs d’une embuscade, d’un camarade tué à côté de soi, d’une
bombe mutilant des corps... Celui-là confiera a l’auteur de cet ouvrage
que, revenu en métropole, ce qui s’apparentait à l’explosion d’une
bombe le précipitait à plat ventre sur le trottoir, et celui-ci, qu’il n’avait,
trente ans plus tard, jamais retrouvé un sommeil normal.
Gérard Chérubino a de bonnes raisons de se montrer confiant puisqu’il rejoint sa fiancée, mais dans la soirée sa famille commence à
s’inquiéter : il n’a pas réapparu. Cette inquiétude est d’autant plus justifiée que les nouvelles les plus alarmantes se sont accumulées depuis le
début de l’après-midi : non seulement on commence à donner des
chiffres de victimes, mais on sait que de nombreux Européens ont été
conduits dans les postes de police occupés par des hommes en armes,
que l’on a vu des camions transporter des dizaines d’Européens vers
des destinations inconnues.
La famille se mobilise, le père de Gérard Chérubino se rend à la
morgue dans l’espoir d’y reconnaître le corps de son fils, en vain. Le
lendemain, 6 juillet, L'Echo d’Oran publie une première liste de disparus, mais il arrête les jours suivants. Une lettre est adressée à Jean de
Broglie, cosignataire des accords d’Evian et alors secrétaire d’État aux
Affaires algériennes, qui répond par un mot de compassion, sans laisser
entrevoir la moindre lueur d’espoir. Le 16 mai 1964, un formulaire
administratif du consul de France à Oran n’apprend rien de plus. Et le
1er juin suivant, Jean de Broglie met un terme définitif aux interrogations en écrivant : « Nous n’avons plus guère d’espoir au sujet des
disparus du 5 juillet à Oran, le Consul de cette ville a conclu à une
présomption de décès en ce qui concerne votre fils. » Une présomption
derrière laquelle se cachait une certitude.
M. Chérubino restera pendant cinq années en Algérie avec l’espoir
de retrouver Gérard, écrira aux autorités algériennes, enquêtera sur les
lieux présumés de charniers d’Européens, interviendra auprès des hôpitaux en France et en Algérie en s’accrochant à l’hypothèse de l’amnésie
de son fils. Mais Gérard Chérubino sera à jamais introuvable.
On raconte que des petits musulmans du « Petit Lac », réputé dangereux et où furent transférées un certain nombre de futures victimes,
jouèrent des années après avec des ossements qui affleuraient au sol,
puis, et les fantasmes aidant, que des Européens arrêtés avaient été
transférés, on ne sait pourquoi, à Cuba !
Quel fut en définitive le nombre des disparus et des morts de la
journée du 5 juillet 1962 ? On ne le saura vraisemblablement jamais,
le chiffre d’un demi-millier, qui est d’ailleurs celui, à peu de choses
près, donné par Gérard Israël62, étant le plus vraisemblable. L évaluation s’est révélée d’autant plus difficile qu un certain nombre d Oranais
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souvenirs d’une embuscade, d’un camarade tué à côté de soi, d’une
bombe mutilant des corps... Celui-là confiera a l’auteur de cet ouvrage
que, revenu en métropole, ce qui s’apparentait à l’explosion d’une
bombe le précipitait à plat ventre sur le trottoir, et celui-ci, qu’il n’avait,
trente ans plus tard, jamais retrouvé un sommeil normal.
Gérard Chérubino a de bonnes raisons de se montrer confiant puisqu’il rejoint sa fiancée, mais dans la soirée sa famille commence à
s’inquiéter : il n’a pas réapparu. Cette inquiétude est d’autant plus justifiée que les nouvelles les plus alarmantes se sont accumulées depuis le
début de l’après-midi : non seulement on commence à donner des
chiffres de victimes, mais on sait que de nombreux Européens ont été
conduits dans les postes de police occupés par des hommes en armes,
que l’on a vu des camions transporter des dizaines d’Européens vers
des destinations inconnues.
La famille se mobilise, le père de Gérard Chérubino se rend à la
morgue dans l’espoir d’y reconnaître le corps de son fils, en vain. Le
lendemain, 6 juillet, L'Echo d’Oran publie une première liste de disparus, mais il arrête les jours suivants. Une lettre est adressée à Jean de
Broglie, cosignataire des accords d’Evian et alors secrétaire d’État aux
Affaires algériennes, qui répond par un mot de compassion, sans laisser
entrevoir la moindre lueur d’espoir. Le 16 mai 1964, un formulaire
administratif du consul de France à Oran n’apprend rien de plus. Et le
1er juin suivant, Jean de Broglie met un terme définitif aux interrogations en écrivant : « Nous n’avons plus guère d’espoir au sujet des
disparus du 5 juillet à Oran, le Consul de cette ville a conclu à une
présomption de décès en ce qui concerne votre fils. » Une présomption
derrière laquelle se cachait une certitude.
M. Chérubino restera pendant cinq années en Algérie avec l’espoir
de retrouver Gérard, écrira aux autorités algériennes, enquêtera sur les
lieux présumés de charniers d’Européens, interviendra auprès des hôpitaux en France et en Algérie en s’accrochant à l’hypothèse de l’amnésie
de son fils. Mais Gérard Chérubino sera à jamais introuvable.
On raconte que des petits musulmans du « Petit Lac », réputé dangereux et où furent transférées un certain nombre de futures victimes,
jouèrent des années après avec des ossements qui affleuraient au sol,
puis, et les fantasmes aidant, que des Européens arrêtés avaient été
transférés, on ne sait pourquoi, à Cuba !
Quel fut en définitive le nombre des disparus et des morts de la
journée du 5 juillet 1962 ? On ne le saura vraisemblablement jamais,
le chiffre d’un demi-millier, qui est d’ailleurs celui, à peu de choses
près, donné par Gérard Israël62, étant le plus vraisemblable. L évaluation s’est révélée d’autant plus difficile qu un certain nombre d Oranais
