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Le livre noir de la guerre d’ Algérie
après être restée pendant des heures l’arme au pied ! Avec une obéissance aux ordres de non-intervention qui lui ont été données, à moins
d’une autorisation des nouvelles autorités algériennes, qui confine à la
complicité. Les forces françaises stationnées à Oran et dans son environnement immédiat étaient de 18 000 hommes — 12 000 rien que pour
le secteur de la ville proprement dite — qui disposaient, ne serait-ce
qu’avec les escadrons de gardes mobiles, des moyens de prévenir le
massacre. Or elles n’interviendront effectivement qu’en fin d’aprèsmidi. Quant aux hommes de l’ALN qui avaient défilé quelques jours
plus tôt dans la ville pour marquer l’indépendance de l’Algérie, et dont
le commandant avait voulu donner des signes de réconciliation, il n’est
pas hasardeux d’avancer que leur présence et le prestige dont ils bénéficiaient auprès de la population musulmane eussent suffi à calmer les
esprits.
Mais il est vrai qu’Oran ne dispose alors, au contraire d’Alger où
siège l’Exécutif provisoire, d’aucune autorité officielle susceptible de
prendre des initiatives. Au conflit entre le GPRA et l’ALN s’ajoute
l’absence totale d’une relève de l’autorité française, préfet, sous-préfet,
commissaire de police. Oran est suspendue dans une sorte de « vide
légal » qui ouvre la voie au déferlement de la violence.
Le déclenchement du drame d’Oran pose d’autre part de nombreuses
interrogations... D’où vinrent les premiers coups de feu ? D’éléments
européens isolés, voire de commandos attardés de l’OAS, comme l’affirmera le général Katz ? Rien ne permet de l’affirmer ; on ne se privera
pas de faire observer que l’OAS avait prescrit la fin des opérations et
que ses dirigeants avaient quitté Oran. Tôt ou tard, le manque de précautions les plus élémentaires devant le rassemblement d’une foule
aussi considérable dans un contexte aussi particulier exposait aux plus
graves excès. Les disparitions du 5 juillet ajoutèrent un nouveau chapitre à la tragédie. Or on sait ce que signifiaient les disparitions pendant
la guerre d’Algérie...
On dispose sur les assassinats de nombreux et concordants témoignages, et de longues listes de disparus ont été établies60. Parmi eux,
Gérard Chérubino, dont on a rapporté l’histoire61.
Il a dix-huit ans en 1962 et il est employé de banque. Il quitte son
bureau à midi, ce 5 juillet, et se fond dans la foule musulmane qui
manifeste. C’est imprudent, mais à son âge on ne mesure pas exactement les dangers ; tous ceux qui ont vécu le terrorisme ou fréquenté de
près le danger peuvent l’attester, il faut être jeune et un peu inconscient
pour côtoyer un peuple en mouvement dans une rue ou entendre une
bombe exploser non loin de là, marcher le soir dans une rue déserte,
sans être saisi de panique ou d’appréhension. Pourtant, combien d’appelés en Algérie ont entretenu pendant longtemps dans leurs rêves les
Le livre noir de la guerre d’ Algérie
après être restée pendant des heures l’arme au pied ! Avec une obéissance aux ordres de non-intervention qui lui ont été données, à moins
d’une autorisation des nouvelles autorités algériennes, qui confine à la
complicité. Les forces françaises stationnées à Oran et dans son environnement immédiat étaient de 18 000 hommes — 12 000 rien que pour
le secteur de la ville proprement dite — qui disposaient, ne serait-ce
qu’avec les escadrons de gardes mobiles, des moyens de prévenir le
massacre. Or elles n’interviendront effectivement qu’en fin d’aprèsmidi. Quant aux hommes de l’ALN qui avaient défilé quelques jours
plus tôt dans la ville pour marquer l’indépendance de l’Algérie, et dont
le commandant avait voulu donner des signes de réconciliation, il n’est
pas hasardeux d’avancer que leur présence et le prestige dont ils bénéficiaient auprès de la population musulmane eussent suffi à calmer les
esprits.
Mais il est vrai qu’Oran ne dispose alors, au contraire d’Alger où
siège l’Exécutif provisoire, d’aucune autorité officielle susceptible de
prendre des initiatives. Au conflit entre le GPRA et l’ALN s’ajoute
l’absence totale d’une relève de l’autorité française, préfet, sous-préfet,
commissaire de police. Oran est suspendue dans une sorte de « vide
légal » qui ouvre la voie au déferlement de la violence.
Le déclenchement du drame d’Oran pose d’autre part de nombreuses
interrogations... D’où vinrent les premiers coups de feu ? D’éléments
européens isolés, voire de commandos attardés de l’OAS, comme l’affirmera le général Katz ? Rien ne permet de l’affirmer ; on ne se privera
pas de faire observer que l’OAS avait prescrit la fin des opérations et
que ses dirigeants avaient quitté Oran. Tôt ou tard, le manque de précautions les plus élémentaires devant le rassemblement d’une foule
aussi considérable dans un contexte aussi particulier exposait aux plus
graves excès. Les disparitions du 5 juillet ajoutèrent un nouveau chapitre à la tragédie. Or on sait ce que signifiaient les disparitions pendant
la guerre d’Algérie...
On dispose sur les assassinats de nombreux et concordants témoignages, et de longues listes de disparus ont été établies60. Parmi eux,
Gérard Chérubino, dont on a rapporté l’histoire61.
Il a dix-huit ans en 1962 et il est employé de banque. Il quitte son
bureau à midi, ce 5 juillet, et se fond dans la foule musulmane qui
manifeste. C’est imprudent, mais à son âge on ne mesure pas exactement les dangers ; tous ceux qui ont vécu le terrorisme ou fréquenté de
près le danger peuvent l’attester, il faut être jeune et un peu inconscient
pour côtoyer un peuple en mouvement dans une rue ou entendre une
bombe exploser non loin de là, marcher le soir dans une rue déserte,
sans être saisi de panique ou d’appréhension. Pourtant, combien d’appelés en Algérie ont entretenu pendant longtemps dans leurs rêves les
