Les fausses espérances et le chaos
383
dépendance.
Le 3, le GPRA sous la présidence de Youssef Ben
Khedda s’installe à Alger.
3 juillet... Les katibas du commandant Bakhti — elles sont sept —
défilent à Oran, boulevard Edouard-Herriot. Sans plus d’incidents.
Deux jours plus tard, c’est l’explosion... Une manifestation musulmane
a été prévue ce 5 juillet, mais les conditions de son déroulement ont
fait l’objet d’un accord entre le général Katz et le commandant de
l’ALN qui sont convenus qu’elle ne déborderait pas du côté européen.
Est-ce vraiment suffisant, quand on connaît l’état de pression et de
surexcitation auquel est soumise, depuis des semaines, la population
musulmane ? La réponse est contenue dans l’interrogation, il s’agit
d’une totale et impardonnable imprudence.
La foule musulmane se met en branle à 9 heures. C’est devenu quasiment une habitude dans toutes les manifestations similaires, les scouts,
portant foulards verts et blancs, conduisent le « cortège », accompagnés, un peu à distance, des petites filles des écoles qui arborent les
mêmes couleurs sur leurs chemisiers et leurs jupes. Du boulevard du
Maréchal-Joffre, tout ce monde, pour l’heure très calme, envahit la
place d’Armes, tandis qu’une autre vague vient battre la « Maison du
Colon », sur la place Karguentah. Enfin des groupes se portent vers la
place Jeanne-d’Arc, devant la cathédrale. Là se produit le premier signe
important... Munie d’un drapeau aux couleurs algériennes, une jeune
femme tente d’escalader la statue de la « Pucelle » avec l’intention de
le fixer à l’épée tendue en avant. Les manifestants ont vite compris le
manège et encouragent l’audacieuse de longues acclamations. Lorsqu’elle arrive à ses fins, c’est du délire, qui n’attend qu’une occasion
de se propager... et d’exploser.
Le déclic se produit devant le théâtre municipal... Des coups de feu
partent, deux ou trois, d’abord, qui donnent le signal d’une série, d’une
fusillade qui éclate de plusieurs groupes, et se généralise. C’est l’appel
de la poudre, et du massacre, tout Européen à portée de main servant
de gibier à abattre. Boulevard Clemenceau, boulevard Gallieni, rue des
Jardins, place Karguentah. Fernand Martinez, le propriétaire de 1 hôtel
à qui il a donné son nom, est tué d’une balle dans la poitrine. On tire
sur les fenêtres et sur les terrasses des immeubles dont certains
concierges on verrouillé les portes par lesquelles des hommes et des
femmes, poursuivis par les tueurs, tentaient de s engouffrer. Les
consommateurs sont surpris dans les cafés, les brasseries et abattus sur
place. On arrête une voiture, les occupants en sont extraits, tués, ou
parfois enlevés.
,
, ,, ,
.„
Le calme revient progressivement vers 5 heures de après-midi. Oran
l’européenne émerge d’une journée de cauchemar. Dans les places
qu’elle tient encore, l’armée française s’apprête a dresser des bilans...
Précédent

- 376/420

Suivant