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Le livre noir de la guerre d’ Algérie
Ces très graves échecs n’atténuent en rien la violence destructrice de
l’organisation secrète qui, tant à Oran qu’à Alger, et en dépit des résultats du référendum, multiplie les actions violentes. À Oran où les attentats sont quotidiens, elle s’en prend à la nouvelle préfecture qui est
régulièrement mitraillée. Puis successivement, les 7 et 12 avril, l’adjudant Perrin, adjoint du colonel Maurin qui a remplacé le lieutenantcolonel Rançon au 2e Bureau, et le colonel Maurin lui-même sont abattus. Toujours le 12 avril, un véhicule de la gendarmerie est attaqué, un
gendarme est tué et deux autres sont blessés. Ces derniers et le conducteur doivent à leur sang-froid d’échapper à la foule qui voulait les lyncher. La nouvelle de la condamnation à mort du général Jouhaud fait
augmenter la tension ; le 16 avril une grève est déclenchée en signe de
protestation contre la décision du Haut Tribunal militaire, mais l’OAS
commet une faute beaucoup plus lourde de conséquences en s’attaquant, comme à Alger, le 23 mars précédent, à des soldats du contingent. Un commando tire sur une section du 21e régiment d’infanterie qui
réglait la circulation, et un second attaque des éléments du 8e régiment
d’infanterie de marine qui venaient prêter main-forte à la section en
difficulté. Le 27 avril, le commandant Bard, qui venait d’être promu à
d’importantes fonctions dans le « maintien de l’ordre », sera enlevé, et
son corps sera retrouvé, criblé de dix-sept balles.
Le 2 mai, une voiture piégée explose dans le port d’Alger au milieu
de dockers musulmans — nombre d’entre eux étaient accompagnés de
leur familles —, dans l’attente d’une embauche. Espérance d’ailleurs
très hypothétique en raison de la dépression économique consécutive
aux événements... L’explosion a provoqué la mort de 62 innocents et
en a blessé 110 autres ! Est-ce en réponse à cet ignoble massacre, mais
le 14 mai des musulmans organisés en commandos font irruption dans
plusieurs quartiers d’Alger et massacrent 20 Européens tandis que
50 autres sont blessés. Réplique de l’OAS le lendemain : 56 musulmans
sont tués et 35 blessés ! Un espoir, pourtant, s’était levé en faveur de
la paix, puisque Jean-Jacques Susini avait renconté dans le secret, à
Alger, le 18 avril, le président de l’exécutif provisoire, Abderrahmane
Farès, afin de jeter les bases d’une réconciliation entre les deux communautés et d’étudier le projet d’une République algérienne où elles
seraient appelées à collaborer. Il est vrai que Susini venait de s’opposer
à ceux qui, au sein de l’organisation secrète, projetaient la formation
d’un réduit de résistance à Bab-el-Oued...
Christian Fouchet a beau multiplier les mesures d’exception — qui
comprennent des expulsions de personnes jugées dangereuses aussi bien
que la dissolution de mouvements suspects de couvrir des activités ter­
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