Les années perdues
43
victimes musulmanes — peut-être 3 00026 — n’a pu être fixé sans
conteste en raison des difficultés de recensement. Celles-ci n’ont guère
été surmontées depuis.
Toute à la célébration de la victoire, la France ne jette, en ce mois
de mai 1945, qu’un regard discret sur les événements. La situation en
Algérie n’est pas une des préoccupations dominantes du gouvernement
du général de Gaulle qu’assaillent les problèmes de la remise en ordre
du pays...
Au Maghreb, pour quelque temps encore, l’affaire peut être menée dans le
calme et progressivement, estime le Général dans ses Mémoires de guerre11.
Bien que des signes d’agitation s’y manifestent déjà, nous sommes les maîtres
du jeu.
[...] En Algérie, un commencement d’insurrection, survenu dans le Constantinois et synchronisé avec les émeutes syriennes du mois de mai, a été étouffé
par le gouverneur général Chataigneau * ...
* Le général de Gaulle se réfère aux troubles très graves, et durement réprimés, qui se produisirent
en Syrie, dont la France était encore mandataire en 1945, à partir du 8 mai et jusqu à la fin du mois.
La thèse de la relation entre les deux insurrections ne repose sur aucun élément de preuve, et pas
davantage celle d’une intervention de F Intelligence Service ou de 1’055 pour les Américains.
On épiloguera pendant longtemps sur la signification et les répercussions du soulèvement de ce mois de mai 1945. Les mouvements nationalistes eux-mêmes — le PPA en tête — ne furent-ils pas les premiers
surpris par l’insurrection... ?
Nouveau statut... nouvel échec
• Le 27 août 1947, F Assemblée nationale adopte un nouveau statut
pour l’Algérie. Cette initiative due au gouvernement du socialiste Paul
Ramadier, et dont l’élaboration a été confiée au ministre de l’intérieur
Édouard Depreux, est en fait la dernière manifestation d’une volonté
de réforme avant l’insurrection. L’Algérie reste formée de trois départements et partie intégrante de la France, le pouvoir central demeurant
représenté par un gouverneur général. La principale innovation du nouveau statut réside dans l’élection d’une Assemblée algérienne par deux
collèges qui désigneront chacun la moitié des 120 membres, le premier
réservé aux citoyens français et à 60 000 musulmans choisis pour leurs
« mérites », le second aux « indigènes » qui seront largement sousreprésentés. Le droit de vote est reconnu aux femmes musulmanes.
L’Assemblée aura le pouvoir de modifier les lois applicables à l’Algé
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victimes musulmanes — peut-être 3 00026 — n’a pu être fixé sans
conteste en raison des difficultés de recensement. Celles-ci n’ont guère
été surmontées depuis.
Toute à la célébration de la victoire, la France ne jette, en ce mois
de mai 1945, qu’un regard discret sur les événements. La situation en
Algérie n’est pas une des préoccupations dominantes du gouvernement
du général de Gaulle qu’assaillent les problèmes de la remise en ordre
du pays...
Au Maghreb, pour quelque temps encore, l’affaire peut être menée dans le
calme et progressivement, estime le Général dans ses Mémoires de guerre11.
Bien que des signes d’agitation s’y manifestent déjà, nous sommes les maîtres
du jeu.
[...] En Algérie, un commencement d’insurrection, survenu dans le Constantinois et synchronisé avec les émeutes syriennes du mois de mai, a été étouffé
par le gouverneur général Chataigneau * ...
* Le général de Gaulle se réfère aux troubles très graves, et durement réprimés, qui se produisirent
en Syrie, dont la France était encore mandataire en 1945, à partir du 8 mai et jusqu à la fin du mois.
La thèse de la relation entre les deux insurrections ne repose sur aucun élément de preuve, et pas
davantage celle d’une intervention de F Intelligence Service ou de 1’055 pour les Américains.
On épiloguera pendant longtemps sur la signification et les répercussions du soulèvement de ce mois de mai 1945. Les mouvements nationalistes eux-mêmes — le PPA en tête — ne furent-ils pas les premiers
surpris par l’insurrection... ?
Nouveau statut... nouvel échec
• Le 27 août 1947, F Assemblée nationale adopte un nouveau statut
pour l’Algérie. Cette initiative due au gouvernement du socialiste Paul
Ramadier, et dont l’élaboration a été confiée au ministre de l’intérieur
Édouard Depreux, est en fait la dernière manifestation d’une volonté
de réforme avant l’insurrection. L’Algérie reste formée de trois départements et partie intégrante de la France, le pouvoir central demeurant
représenté par un gouverneur général. La principale innovation du nouveau statut réside dans l’élection d’une Assemblée algérienne par deux
collèges qui désigneront chacun la moitié des 120 membres, le premier
réservé aux citoyens français et à 60 000 musulmans choisis pour leurs
« mérites », le second aux « indigènes » qui seront largement sousreprésentés. Le droit de vote est reconnu aux femmes musulmanes.
L’Assemblée aura le pouvoir de modifier les lois applicables à l’Algé
