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Le livre noir de la guerre d’ Algérie
maison en flammes, et, « après avoir dispersé à la mitrailleuse les assassins qui laissèrent environ 200 morts sur le terrain, il réunit la population au château et la laissa sous la protection des gendarmes renforcés
par deux HT... »
Au moins 400 morts, donc, à Périgotville et à Kerrata pendant les
opérations des forces de l’ordre, les 8 et 9 mai.
Mais peut-on fixer le nombre des victimes musulmanes des émeutes
du Constantinois ?
Chiffres officiels d’abord, et d’ailleurs peu crédibles si l’on en croit
le général Duval et son rapport du 8 août 1945 : 1 165 tués. Ce chiffre
révèle pour le moins une évolution... sensible par rapport à « l’ordre de
grandeur » que fixait le général Henry Martin en réponse à une question
que lui posait le ministre de l’intérieur Adrien Tixier, le 24 juin 1945,
lors d’une réunion à la Villa des Oliviers24 : environ 400 tués. Le général Weiss parlait pour sa part d’un « grand maximum » de 200 par
l’aviation.
Le gouverneur général Yves Chataigneau était allé puiser à de meilleures sources en avançant plus tard le chiffre de 1 340, et le ministre
de l’intérieur, Adrien Tixier, celui d’environ 1 500. Charles-Robert
Ageron rappelle25 qu’un haut fonctionnaire comme le colonel Schoen,
directeur du Service des liaisons nord-africaines, évaluera le nombre
des tués musulmans à entre 5 000 et 6 000. Le Populaire, organe du
parti socialiste (SFIO), se réfère à des évaluations de certains militaires
qui lui apportent d’ailleurs un démenti, pour retenir 6 000 à
8 000 morts. Le rapport de la commission d’enquête sur les événements,
conduite par le général Paul Tubert * ,
donne le chiffre de 15 000 morts
musulmans. Les instances du PPA clandestin font état, dans un tract
publié en juin 1945, de 35 000 victimes arabes de la répression, puis
s’alignent un peu plus tard sur les chiffres du consulat américain d’Alger (45 000). On ne s’arrêtera pas là dans la surenchère : dans un
numéro de 1985 consacré à l’anniversaire des événements du Constantinois, El Moudjahid, l’organe du FLN, franchira toutes les limites de
l’invraisemblable en parlant de 80 000 morts.
La volonté de minimiser le nombre des victimes pour les uns et
1 aveuglement partisan des autres sont en tout cas très symptomatiques
du profond malaise, voire du traumatisme que l’insurrection et la
répression de mai 1945 ont laissés dans les esprits. Le nombre des
le 18 ma’1945 à Vinitiative du gouverneur général Yves Chataigneau, cette commission
décision duV^'581011 e”qucter sur les causes du soulèvement fut suspendue huit jours plus tard par
decision du Gouvernement provisoire.
h
J
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Le livre noir de la guerre d’ Algérie
maison en flammes, et, « après avoir dispersé à la mitrailleuse les assassins qui laissèrent environ 200 morts sur le terrain, il réunit la population au château et la laissa sous la protection des gendarmes renforcés
par deux HT... »
Au moins 400 morts, donc, à Périgotville et à Kerrata pendant les
opérations des forces de l’ordre, les 8 et 9 mai.
Mais peut-on fixer le nombre des victimes musulmanes des émeutes
du Constantinois ?
Chiffres officiels d’abord, et d’ailleurs peu crédibles si l’on en croit
le général Duval et son rapport du 8 août 1945 : 1 165 tués. Ce chiffre
révèle pour le moins une évolution... sensible par rapport à « l’ordre de
grandeur » que fixait le général Henry Martin en réponse à une question
que lui posait le ministre de l’intérieur Adrien Tixier, le 24 juin 1945,
lors d’une réunion à la Villa des Oliviers24 : environ 400 tués. Le général Weiss parlait pour sa part d’un « grand maximum » de 200 par
l’aviation.
Le gouverneur général Yves Chataigneau était allé puiser à de meilleures sources en avançant plus tard le chiffre de 1 340, et le ministre
de l’intérieur, Adrien Tixier, celui d’environ 1 500. Charles-Robert
Ageron rappelle25 qu’un haut fonctionnaire comme le colonel Schoen,
directeur du Service des liaisons nord-africaines, évaluera le nombre
des tués musulmans à entre 5 000 et 6 000. Le Populaire, organe du
parti socialiste (SFIO), se réfère à des évaluations de certains militaires
qui lui apportent d’ailleurs un démenti, pour retenir 6 000 à
8 000 morts. Le rapport de la commission d’enquête sur les événements,
conduite par le général Paul Tubert * ,
donne le chiffre de 15 000 morts
musulmans. Les instances du PPA clandestin font état, dans un tract
publié en juin 1945, de 35 000 victimes arabes de la répression, puis
s’alignent un peu plus tard sur les chiffres du consulat américain d’Alger (45 000). On ne s’arrêtera pas là dans la surenchère : dans un
numéro de 1985 consacré à l’anniversaire des événements du Constantinois, El Moudjahid, l’organe du FLN, franchira toutes les limites de
l’invraisemblable en parlant de 80 000 morts.
La volonté de minimiser le nombre des victimes pour les uns et
1 aveuglement partisan des autres sont en tout cas très symptomatiques
du profond malaise, voire du traumatisme que l’insurrection et la
répression de mai 1945 ont laissés dans les esprits. Le nombre des
le 18 ma’1945 à Vinitiative du gouverneur général Yves Chataigneau, cette commission
décision duV^'581011 e”qucter sur les causes du soulèvement fut suspendue huit jours plus tard par
decision du Gouvernement provisoire.
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