Les années perdues
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d’imaginer leur stupéfaction et leur colère... Qui n’a pas été confronté
à ces massacres de civils innocents et aux mutilations qui les accompagnent ne peut préjuger de ses propres réactions, on aura l’occasion d’y
revenir.
Le half-track part à El-Ouricia « pour demander du renfort et se ravitailler en munitions ». Puis un second « HT » arrive, qui escorte une
section de tirailleurs sénégalais, direction Périgotville, afin de poursuivre l’intervention commencée contre les rebelles. Deux nouveaux
barrages, également battus par le feu. Un adjudant est blessé alors qu’il
mettait pied à terre pour dégager la route. La population de Périgotville
est en partie évacuée. Outre le bilan des massacres, les assaillants ont
emporté 56 mousquetons et 10 000 cartouches... dont on pense qu’ils
ne resteront pas inemployés. Le détachement (il s’agit sans doute du
second, car ce n’est pas précisé) poursuit sa route, de Périgotville aux
Amouchas, et « rencontre une voiture civile criblée de balles dont la
femme du conducteur vient d’être tuée ». L’homme décide de s’intégrer
au convoi.
Le Journal de marche du 9e escadron de la Garde républicaine porte
ce bilan qui raconte toute l’ampleur de la répression dans le Constantinois en ce mois de mai 1945. Bilan pour la seule journée du 8 à Périgotville et dans sa région : « Le nombre des assassins tués par le peloton
HT au cours de ces opérations est au minimum de 200. »
Retenons ce dernier chiffre.
«Dans la nuit du 8 au 9 mai, le peloton HT est renforcé par le
peloton AM [automitrailleuses]. »
On suit alors l’évolution du « peloton AM » intégré à un groupement
qui a
pour mission de se rendre à Sillègue et de délivrer Chevreul [voir plus haut
pour les événements de Chevreul]. À Sillègue, le peloton reçoit l’ordre d’opérer contre des mechtas dont les habitants ont pris part à l’attaque du village.
À l’intérieur du village on découvre les cadavres mutilés des victimes. Pris à
partie au canon et à la mitrailleuse, les mechtas sont détruites...
Ensuite, direction Chevreul, mais en cours de route le détachement
reçoit l’ordre de revenir sur Sétif.
Le silence autour de Kerrata où ont été dépêchés, dans la matinée du
9, six HT aux ordres du lieutenant Poutch, inquiète. La liaison est établie avec lui et on apprend (voir plus haut) le massacre de plusieurs
Européens de Kerrata, dont le juge de paix et son épouse. Le Journal
de marche du 9e escadron complète les informations : le lieutenant
Poutch a réussi à sauver 20 personnes qui s’étaient réfugiées sur une
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