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Le livre noir de la guerre d’ Algérie
que certains de ses éléments intervenaient à terre et que « l’artillerie
des bâtiments [était utilisée] contre des foyers dissidents voisins du
littoral22 ». En dépit notamment des instructions à l’aviation d’user au
maximum de l’intimidation et de « ménager » les populations, il n’est
pas besoin d’imaginer les conséquences de ce type de répression collective et massive, et des difficultés rencontrées pour délimiter les foyers
de rébellion. Les risques de la multiplication des « bavures » est ainsi
inévitable. Il va de soi que ce genre de problème se représentera, en
plus aigu, à compter de novembre 1954. D’un autre côté, des groupes
civils comme ceux de Guelma se sont livrés à des représailles et à des
exécutions sommaires en grand nombre, sans qu’il soit possible de les
chiffrer. Rien que pour Guelma, mais apparemment sans preuves absolument indiscutables, on a parlé de 300 à 400 morts.
Mais avant d’aller plus loin dans l’examen des chiffres des victimes
musulmanes, il n’est pas inutile de rappeler le contexte de la réponse
des forces de l’ordre. Le « dossier noir » du Constantinois en mai 1945
anticipe, en effet, en bien des points, sur les événements de 1954-1962.
Le « Journal de Marche et Opérations (JMO) du 9e escadron de la
7e légion de Garde républicaine23 » apporte de précieuses informations
sur les conditions d’intervention d’une unité qui appartient à un corps
peu suspect de méthodes abusives.
Le 8 mai, un peloton de cinq half-tracks de la Garde reçoit l’ordre,
à la demande du général Duval, de se porter d’urgence de Constantine
à Sétif « pour réprimer des troubles graves qui viennent de s’y produire ». Un de ces engins est alors chargé de « dégager Périgotville
[cf. le rapport du général Martin] qui est encerclé et attaqué ».
Les hommes de la Garde républicaine abordent les environs de Périgotville lorsqu’ils rencontrent sur la route un solide barrage de pierres
qui les oblige à s’arrêter. Au même moment éclate de divers côtés une
ftisillade dont ils sont protégés par le blindage. Le temps de faire sauter
le barrage, de répliquer à la mitrailleuse, et le half-track atteint Périgotville L’auteur du Journal de marche note que cette conjugaison du
barrage et du feu « est un procédé de combat européen inhabituel aux
indigènes », inhabituel, mais promu désormais à un usage courant.
Sur place, c’est le massacre des Européens, qu’interrompt l’intervention de la Garde : « Une douzaine de cadavres sont relevés sauvagement
mutilés, les faces en bouillie, de larges taches de sang s’étalent sur le
seuil des portes [des demeures] qui ont été brisées... »
La répression commence, et l’on imagine facilement l’état d’esprit
des hommes de la Garde quand ils se lancent à la poursuite des assaillants et les « fauchent » à la mitrailleuse, refoulant les survivants dans le
jebel. Le rapport n y fait aucune allusion, mais il n’est pas hasardeux
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