Les années perdues
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à la région de Djidjelli et à la bande côtière entre Mansouriah et Bougie. Le
11 au matin, des émeutiers descendent « aux Falaises » (sur le golfe de Bougie
entre Cap Aokas et Mansouriah), pillent l’hôtel du lieu, assassinent le propriétaire et blessent grièvement sa femme. Ils marchent ensuite sur mansouriah.
D’autres émeutiers descendent des crêtes, les rejoignent ; la population européenne se réfugie sur l’île. Un bateau de guerre tire quelques salves sur les
groupes d’insurgés et les disperse. Mansouriah n’a pas été attaqué.
Et puis, en enchaînement, ces informations qui deviendront hélas
« l’habitude » de ce mois de mai 1945 aux années 50 et 60 : « À Tamsout, au Sud-Ouest de Cap Aokas, le même jour, un garde forestier et
sa femme son sauvagement assassinés... »
« Le 12 mai, écrit le général Martin20, l’insurrection proprement dite
est terminée en ce sens qu’aucun foyer nouveau ne se déclare plus »,
ce qui ne veut pas dire que la situation est totalement revenue à la
normale : des régions entières demeurent dangereuses, et les « insurgés » — on ne parle pas encore de « rebelles » — qui se sont réfugiés
de préférence dans les zones boisées et montagneuses continuent à se
manifester en sabotant les lignes téléphoniques, quelquefois les ponts
et les voies ferrées.
Deux questions primordiales à propos de ces événements qui ont
déclenché une avalanche de polémiques... et une concurrence effrénée
dans la mauvaise foi : le nombre des victimes et l’amplitude de la
répression.
Le seul élément de certitude est celui des victimes européennes :
102 tués et 110 blessés, 10 femmes ou jeunes filles violées. Soit, parmi
les tués, 86 civils, 14 militaires (3 militaires « indigènes » étant d’ailleurs inclus dans ce chiffre). Les colons — 32 — et les gardes forestiers
— 12 — ont payé le plus important tribut aux massacres, la commune
de Sétif — 21 — et l’arrondissement de Guelma — 13 — ayant été les
plus frappés.
Dix mille hommes ont participé aux opérations de répression, ou le
plus souvent de dégagement de centres que les émeutiers ont isolés
de l’extérieur, et dont la population européenne a été contrainte de se
rassembler dans des lieux plus sûrs, sous la protection de la gendarmerie et des groupes d’autodéfense. Des opérations auxquelles participent
la Légion étrangère, les tirailleurs sénégalais et les Goums... qui ont la
réputation d’avoir la main lourde. La lutte contre l’insurrection sera en
effet impitoyable, mettant en œuvre l’aviation et la marine. Vingt-huit
appareils effectueront en quinze jours « 20 actions répressives21 ». De
son côté, la marine s’est employée à des transports de troupes, tandis
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