38
Le livre noir de la guerre d’ Algérie
Un autre rapport, celui du général Duval18, livre l’ampleur du drame
que vit la population européenne de Guelma. Nous sommes, rappelonsle, en mai 1945, à un peu plus de neuf années de la date « officielle »
de la guerre d’Algérie. Beaucoup plus qu’en 1954, il s’agit d’une guerre
au sens vrai du terme, aussi atroce, aussi barbare, mais à visage découvert. La terreur, mais non encore le terrorisme des attentats qui tuent
par surprise :
À la tombée de la nuit [ce 9 mai, toujours], on craignait un assaut contre la
ville. La défense était assurée par les tirailleurs et par les postes civils. À
21 heures, on signalait un groupe d’individus armés de mitraillettes et de fusils
près du marché à bestiaux [une information que donnait déjà le général Martin]. Des barbelés étaient placés pour barrer les brèches des murs de la porte
du marché à bestiaux où l’on pouvait craindre une attaque. Dans la cour de la
gendarmerie s’entassaient tous les réfugiés venus de l’extérieur, les familles
de gendarmes logaient de nombreuses familles réfugiées.
La fusillade se faisait entendre par intermittence au cours de la nuit.
Les postes placés au rempart et aux nœuds de communications devaient se
servir de leurs armes automatiques et même de grenades...
L’attaque générale ne s’est pas produite dans la nuit à Guelma, mais
le 10 mai, de toutes parts, à l’aube, on signalait des concentrations armées.
On commençait à apprendre les assassinats et les pillages commis. [...] Des
détachements de troupe, de gendarmes et de civils volontaires allaient dégager
les villages de Millésimo et Petit...
Près de Villars (région de Bône, également), ce 10 mai, une patrouille
de gendarmes est attaquée et doit se replier ; le village lui-même est
encerclé par des groupes de musulmans armés. Les gendarmes et les
« civils volontaires » réussissent à desserrer l’étau. Six automitrailleuses
arrivent en renfort et se portent notamment sur la « Ferme Lucet », pour
découvrir le cadavre du gérant, assassiné et mutilé en présence de sa
femme.
Dans la région de Djidjelli, à Tamentout, deux gardes forestiers, leurs
femmes et un enfant de trois ans sont assassinés ; un autre de treize
mois est grièvement blessé.
Le 11 mai, aucun foyer insurrectionnel n’est signalé dans le département de Bône. Le calme revient dans la région Nord de Sétif, mais « la
campagne n,est pas sûre, car elle est parcourue par les bandes armées
qui, après 1 insurrection des jours précédents, craignent de regagner
leurs douars19 ».
L’agitation violente s’étend pourtant
Le livre noir de la guerre d’ Algérie
Un autre rapport, celui du général Duval18, livre l’ampleur du drame
que vit la population européenne de Guelma. Nous sommes, rappelonsle, en mai 1945, à un peu plus de neuf années de la date « officielle »
de la guerre d’Algérie. Beaucoup plus qu’en 1954, il s’agit d’une guerre
au sens vrai du terme, aussi atroce, aussi barbare, mais à visage découvert. La terreur, mais non encore le terrorisme des attentats qui tuent
par surprise :
À la tombée de la nuit [ce 9 mai, toujours], on craignait un assaut contre la
ville. La défense était assurée par les tirailleurs et par les postes civils. À
21 heures, on signalait un groupe d’individus armés de mitraillettes et de fusils
près du marché à bestiaux [une information que donnait déjà le général Martin]. Des barbelés étaient placés pour barrer les brèches des murs de la porte
du marché à bestiaux où l’on pouvait craindre une attaque. Dans la cour de la
gendarmerie s’entassaient tous les réfugiés venus de l’extérieur, les familles
de gendarmes logaient de nombreuses familles réfugiées.
La fusillade se faisait entendre par intermittence au cours de la nuit.
Les postes placés au rempart et aux nœuds de communications devaient se
servir de leurs armes automatiques et même de grenades...
L’attaque générale ne s’est pas produite dans la nuit à Guelma, mais
le 10 mai, de toutes parts, à l’aube, on signalait des concentrations armées.
On commençait à apprendre les assassinats et les pillages commis. [...] Des
détachements de troupe, de gendarmes et de civils volontaires allaient dégager
les villages de Millésimo et Petit...
Près de Villars (région de Bône, également), ce 10 mai, une patrouille
de gendarmes est attaquée et doit se replier ; le village lui-même est
encerclé par des groupes de musulmans armés. Les gendarmes et les
« civils volontaires » réussissent à desserrer l’étau. Six automitrailleuses
arrivent en renfort et se portent notamment sur la « Ferme Lucet », pour
découvrir le cadavre du gérant, assassiné et mutilé en présence de sa
femme.
Dans la région de Djidjelli, à Tamentout, deux gardes forestiers, leurs
femmes et un enfant de trois ans sont assassinés ; un autre de treize
mois est grièvement blessé.
Le 11 mai, aucun foyer insurrectionnel n’est signalé dans le département de Bône. Le calme revient dans la région Nord de Sétif, mais « la
campagne n,est pas sûre, car elle est parcourue par les bandes armées
qui, après 1 insurrection des jours précédents, craignent de regagner
leurs douars19 ».
L’agitation violente s’étend pourtant
