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Le livre noir de la guerre d’ Algérie
est d’usage, parce que le bébé a été trouvé sous un porche de l’Assistance publique, dans le 5e arrondissement de Paris. Il reçoit de l’officier
d’état civil de service un nom d’emprunt qui lui restera.
À l’âge de trois mois, il fut confié à des paysans pauvres et illettrés d’un
village de l’Allier54. À partir de six ans, il dut aller chaque jour, à pied, en
sabots, par tous les temps à l’école du village, distante de trois kilomètres.
Excellent élève, éveillé et intelligent, il passa brillamment le certificat d’études
à dix ans. On ne le lui remit que deux ans plus tard, à l’âge légal ! Le directeur
de l’Assistance publique refusa de laisser cet enfant exceptionnellement doué
poursuivre ses études : il ne convenait pas qu’un enfant trouvé fût instruit. Il
va faire toutes sortes de métiers subalternes : domestique dans un château,
élève horticulteur, puis moniteur, aide-jardinier, garçon maçon-plâtrier, et
bientôt chef de chantier, car il sait spontanément lire les plans...
Joseph Katz est sportif, remporte des prix. Ne figurant pas sur les
registres d’état civil, il aurait pu échapper à la conscription, mais il se
présente au conseil de révision, fait ses classes dans l’infanterie et sort
premier du peloton des élèves caporaux. Reçu au concours de SaintMaixent, il passe ses deux baccalauréats avec la mention « très bien ».
Admissible en 1933 à l’École supérieure de guerre, « il est recalé à
l’oral pour avoir soutenu les théories de De Gaulle et de Guderian [sur
le rôle des chars d’assaut dans la guerre moderne}. Il sera aisément
reçu dès que la guerre sera terminée ».
1939-1940... Pour le capitaine Katz, la «drôle de guerre» et la
défaite se traduisent par de violents engagements dans les Ardennes et
sur la Marne où il est grièvement blessé. Lors de la dissolution en
novembre 1942 de l’« Armée d’armistice » à laquelle il appartient, toujours handicapé par sa blessure il rejoint la Résistance, passe dans la
lre armée et sert dans les états-majors avant de rejoindre l’Algérie en
1956. Le colonel Katz «pacifie la plus grande partie de l’Atlas saharien », reçoit trois citations... Jacques Chaban-Dehnas, ministre de la
Guerre « le nomme général en avril 1958 malgré l’opposition de l’étatmajor... »
Ce sont apparemment les premiers embarras de Joseph Katz avec sa
hiérarchie... Une position qui ne s’arrange pas en mai 1958 puisque,
bien qu’approuvant le recours au général de Gaulle, il interdit à ses
officiers d’entrer dans les fameux comités de salut public. Il anticipe
sur les propres décisions du futur chef du gouvernement, mais compromet pour l’heure un peu plus sa réputation auprès d’un état-major dont
les sentiments légalistes sont pour le moins suspects... On essaye de
l’exclure de l’armée, et faute d’y parvenir on le mute à Paris, puis
à Perpignan. Lors du putsch des généraux, il manifeste clairement sa
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