366
Le livre noir de la guerre d’ Algérie
La « Note » du général Ailleret s’achève par un certain nombre de
conseils et d’instructions destinés à déjouer les ambitions de l’OAS à
l’égard de l’armée. Le 4 avril le général de Menditte établit un bilan
très instructif qui démontre leur échec51. Le général de Menditte juge
en connaissance de cause puisqu’il commande la Région territoriale et
le corps d’armée d’Alger :
Les événements qui ont cours depuis le 22 mars s’inscrivent dans le plan
élaboré par F ex-général salan le 23 février dans son Instruction n° 29/0 AS
(cf p. 348 et suiv.).
Le plan comportait la création de « Zones insurrectionnelles » à compter du
1er mars : celles-ci devaient couvrir « l’ensemble du Territoire » entre le 15 et
le 20 mars et entraver les grands ensembles musulmans. Puis l’insurrection
augmentant en force et en intensité dans les grands centres urbains le quadrillage devait être « cassé » : dans ce but, les procédés et les moyens suivants
devaient être — et ont été effectivement — mis en oeuvre :
1°. Ouverture systématique du feu sur les Unités de Gendarmerie et de CRS.
2°. Utilisation des moyens de la rue tels que les pompes à essence.
3°. Obstruction des itinéraires au moyen de flaques d’huile et d’essence
enflammée par bouteilles explosives.
La partie « population armée » devait participer « entièrement » à ces actes,
dont la conduite ne devait pas incomber obligatoirement aux commandos
« action ».
Sur ordre des commandements régionaux OAS enfin, la foule devait être
poussée dans les rues.
Et pour quels résultats ?
1°. Les désertions collectives espérées pour la constitution des Zones insurrectionnelles n’ont pas eu lieu et l’Armée est demeurée fidèle à la Loi.
2°. Les Zones insurrectionnelles n’ont pu être créées et les « grands
ensembles musulmans » n’ont pu être « entravés ». On sait comment la tentative de BÉNi-BOUDOUANE, le 29 mars, a échoué.
3°. L’insurrection a été tentée le 23 mars à bab-el-oued, elle a échoué.
4°. La « population armée » a été lancée dans la rue le 26 mars : ce guetapens sanglant a été un échec.
Ces échecs ont porté un coup très dur à la subversion, constate le général
de Menditte. Les moyens ont certainement diminué : un indice sûr en est la
constitution du Commando gardes avec des moyens prélevés sur des « SousSecteurs » d’Alger.
Mais la « population armée » reste intacte, constate avec inquiétude le général de Menditte, pratiquement, elle a gardé ses armes ; son conditionnement
[souligné dans le texte} est tel que sa « désespérance », aveugle et sourde, lui
maintient une agressivité certaine. Face à cette population armée, les masses
musulmanes ont été encadrées par le FLN. Celui-ci a ainsi largement utilisé
Précédent

- 359/420

Suivant