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Le livre noir de la guerre d’ Algérie
que dans ce cas-là, non seulement nous ne faisons plus partie de la même
armée, ni de la même patrie, mais encore devras-tu nous tuer jusqu’au dernier,
nous et des milliers de civils, hommes, femmes et enfants qui veulent rester
Français.
Ou bien tu prends les armes et tu nous rejoins dans la Résistance avec tes
hommes, et alors nous construirons ensemble une France liée pour toujours à
l’Algérie par la fraternité, la dignité, l’honneur retrouvé.
Débout, officier français ! Jamais plus qu’aujourd’hui la partie n’a eu autant
besoin de toi, de tes armes et de ton courage. Il n’y a plus pour toi de neutralité
possible : complice du policier boussouf * ou soldat de la France, voilà quel
est ton choix. Assassin de tes frères ou sauveur de ta patrie, voilà quel est ton
avenir.
* Abdelhafid Boussouf, chef de la wilaya 5 auquel il donnera un grand développement, sera membre
du CCE en 1957 et désigné comme responsable de l’Armement et du Renseignement par le GPRA
lors de sa création en 1958. On le tient pour l’un des organisateurs de l’assassinat, en décembre 1957,
d’Abbane Ramdane, le principal inspirateur de la charte politique et militaire du FLN élaborée au
« congrès » de la Soummam.
Dans une note «Secret-Confidentiel» datée du 31 mars 1962, le
général Ailleret s’adresse aux chefs de corps pour les mettre en garde
contre la «subversion OAS dans l’armée50». C’est le signe d’une
aggravation de la situation que, pratiquant désormais la politique de la
terre brûlée, l’OAS devient d’autant plus dangereuse ; le haut commandement est contraint de lancer des contre-feu pour écarter des risques
de contagion. L’en-tête « Commandement supérieur... » est accompagnée de la mention « Bureau du Moral », une autre manière de mettre
en œuvre l’« action psychologique : »
I. Les événements insurrectionnels provoqués dans les grandes villes d’Algérie prouvent, s’il en était besoin, écrit le général Ailleret, que l’OAS ne
recule devant aucun moyen pour arriver à ses fins.
Consciente qu’elle est impuissante [c’est nous qui soulignons] si elle ne
dispose pas d’une attitude favorable de la part de l’Armée en Algérie, elle
a établi un plan d’action basé à la fois sur la peur et la persuasion, devant,
dans son intention, lui permettre d’entraîner certains cadres et peut-être
certaines unités dans son entreprise.
La présente Note a pour but de faire connaître aux Chefs de corps ce plan
subversif.
IL Dans ce plan de l’organisation subversive, le but à atteindre, la méthode
d’action et les procédés d’exécution apparaissent de façon nette.
L’objectif est d’obtenir la désertion et le ralliement à l’OAS, dans la clandestinité, de militaires isolés ou d’unités constituées. Pour arriver à cette fin,
trois étapes sont prévues :
— Sabotage de l’activité légale par inertie 1.
1. Demande de confirmation par écrit d’ordres verbaux, refus de toute initia­
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