Les fausses espérances et le chaos
361
fusillade fait rage à Bab-el-Oued où les gardes mobiles et les CRS sont
pris,pour cibles. Après une accalmie à l’heure du déjeuner, les forces
de l’ordre tirent à la mitrailleuse sur les immeubles d’où sont partis les
coups de feu. L’insurrection gagne d’autres quartiers, la place de
1 Alma, 1 avenue de la Bouzareah, le sud de Bab-el-Oued jusqu’alors
épargné, la cité des Eucalyptus. Le quartier, méconnaissable, est coupé
de l’extérieur.
Le foyer d’agitation s’éteint à la tombée de la nuit, mais des grondements sourds sont encore entendus après 21 heures et l’instauration du
couvre-feu.
Selon les chiffres officiels, on comptera 15 tués et 70 blessés du côté
des forces de l’ordre, une vingtaine de tués et 80 blessés chez les civils.
24 mars : Christian Fouchet lance un appel au calme.
L’OAS échoue dans l’armée... c’est l’échec définitif assuré
• Le 26 mars, l’affaire de la rue d’Isly, l’une des plus grandes tragédies de la guerre d’Algérie... L’armée y sera tragiquement impliquée
— on recense 61 morts parmi les manifestants européens et 10 dans le
4e régiment des tirailleurs algériens chargés de les refouler. La veille,
25 mars, le général Edmond Jouhaud, chef de l’OAS-Oranie, a été
arrêté. C’est l’un des signaux de l’échec. L’ère des desperados
approche. Ils n’auront plus rien à perdre et n’en seront que plus redoutables. Le commandement de l’OAS a commis une lourde erreur d’évaluation en croyant pouvoir compter sur des ralliements militaires
décisifs alors même que les éléments les plus ouverts à sa cause ont été
limogés après le putsch manqué d’avril 1961. Et malgré l’opposition
du contingent qui a beaucoup contribué à l’échec du pronunciamiento.
Erreur d’évaluation, erreurs de stratégie, la mort des sept hommes du
contingent oblige les militaires les plus activistes à réfléchir sur le bienfondé de l’entreprise. Tout mythomane qu’il fût, le polytechnicien sorti
dans la « botte » et remarquable ingénieur Eugène Deloncle, chef de la
Cagoule, qui étudiait Trotski et sa technique de prise du pouvoir, avait
compris que tout putsch serait voué à l’échec dans la France de 1937
s’il ne bénéficiait non seulement de la neutralité de l’armée, mais d’appuis solides. Ses manœuvres d’intoxication auprès de membres les plus
hauts placés dans l’état-major — menace imminente d’un coup de force
communiste... — ayant échoué, il eut l’intelligence de renoncer à lancer
ses commandos dans une action qui eût occasionné un bain de sang
terrible et inutile.
Comment ne pas regretter que les combattants de 1 ombre des années
60 n’aient pas eu le même réflexe que ceux des années 30. Car 1 échec
Précédent

- 354/420

Suivant