360
Le livre noir de la guerre d’ Algérie
ailleurs dans ce texte un appel désespéré, et renouvelé depuis plusieurs
mois, à l’armée... L’armée fait la sourde oreille et l’on verra en quels
termes l’état-major met en garde les « chefs de corps » contre le « plan
subversif » de l’OAS.
Les « forces ennemies », ce sont celles du pouvoir... On les désigne
régulièrement à la vindicte, mais ce 20 mars on leur adresse cet avertissement, avant « qu’il ne soit trop tard48 » :
Les forces de l’ordre, gendarmes, CRS et unités de quadrillage (déployées
dans les quartiers européens) sont invitées à refuser toute action dans le secteur
délimité par la caserne Pélissier, la caserne d’Orléans, Climat-de-France et
Saint-Eugène. Quarante-huit heures de réflexion sont laissées aux officiers,
sous-officiers et soldats qui, à partir du jeudi 22 mars 1962 à 0 heure, seront
considérés comme des troupes au service d’un gouvernement étranger.
L’appel tombe dans le vide à Oran où les gendarmes mobiles tentent
de s’emparer de l’émetteur clandestin qui doit diffuser l’appel de Salan.
Les « Collines » de l’OAS interviennent pour s’y opposer, ce qui
déclenche un très violent affrontement. Tandis que les gendarmes évoluent à l’aide d’engins blindés, les commandos de l’OAS reçoivent des
renforts de partisans qui tirent des terrasses des immeubles. Les automobilistes provoquent aux endroits sensibles d’énormes bouchons qui
stoppent les véhicules des forces de l’ordre. Un stratagème qui contribuera à mettre en échec les gendarmes mobiles ; l’émetteur de l’OAS
restera hors de leur portée, tout au moins dans l’immédiat, le message
de Raoul Salan sera diffusé, mais le bilan de cette journée du 20 mars
à Oran sera dramatique : dix morts et au moins seize blessés. Enhardis
par ce succès, les « Collines » organiseront le surlendemain, 22 mars,
à la poste d’Oran, un hold-up qui leur apportera plus de deux millions
de francs.
• A compter du 23 mars, Alger est plongé dans la guerre civile. Au
début de la matinée, Bab-el-Oued donne le signal de l’insurrection, les
« commandos Z » de l’OAS n’hésitant pas à en découdre avec des
unités de l’armée. Vers 10 heures, des rappelés qui circulaient en
camion ont été cernés par des groupes activistes qui les ont mis en
demeure de livrer leurs armes. Les militaires ayant refusé, une fusillade
s’est ensuivie. Sept militaires ont été tués et dix autres blessés. Lourde
faute des insurgés, ce genre d’opération laissera des traces dans le souvenir de jeunes Français et générera des ressentiments contre la population européenne au moment de l’exode et de la réinsertion en
métropole. Elle aura dans l’immédiat d’autres conséquences.
Il est 10 heures et le pire est, s’il est possible, encore à venir. La
Le livre noir de la guerre d’ Algérie
ailleurs dans ce texte un appel désespéré, et renouvelé depuis plusieurs
mois, à l’armée... L’armée fait la sourde oreille et l’on verra en quels
termes l’état-major met en garde les « chefs de corps » contre le « plan
subversif » de l’OAS.
Les « forces ennemies », ce sont celles du pouvoir... On les désigne
régulièrement à la vindicte, mais ce 20 mars on leur adresse cet avertissement, avant « qu’il ne soit trop tard48 » :
Les forces de l’ordre, gendarmes, CRS et unités de quadrillage (déployées
dans les quartiers européens) sont invitées à refuser toute action dans le secteur
délimité par la caserne Pélissier, la caserne d’Orléans, Climat-de-France et
Saint-Eugène. Quarante-huit heures de réflexion sont laissées aux officiers,
sous-officiers et soldats qui, à partir du jeudi 22 mars 1962 à 0 heure, seront
considérés comme des troupes au service d’un gouvernement étranger.
L’appel tombe dans le vide à Oran où les gendarmes mobiles tentent
de s’emparer de l’émetteur clandestin qui doit diffuser l’appel de Salan.
Les « Collines » de l’OAS interviennent pour s’y opposer, ce qui
déclenche un très violent affrontement. Tandis que les gendarmes évoluent à l’aide d’engins blindés, les commandos de l’OAS reçoivent des
renforts de partisans qui tirent des terrasses des immeubles. Les automobilistes provoquent aux endroits sensibles d’énormes bouchons qui
stoppent les véhicules des forces de l’ordre. Un stratagème qui contribuera à mettre en échec les gendarmes mobiles ; l’émetteur de l’OAS
restera hors de leur portée, tout au moins dans l’immédiat, le message
de Raoul Salan sera diffusé, mais le bilan de cette journée du 20 mars
à Oran sera dramatique : dix morts et au moins seize blessés. Enhardis
par ce succès, les « Collines » organiseront le surlendemain, 22 mars,
à la poste d’Oran, un hold-up qui leur apportera plus de deux millions
de francs.
• A compter du 23 mars, Alger est plongé dans la guerre civile. Au
début de la matinée, Bab-el-Oued donne le signal de l’insurrection, les
« commandos Z » de l’OAS n’hésitant pas à en découdre avec des
unités de l’armée. Vers 10 heures, des rappelés qui circulaient en
camion ont été cernés par des groupes activistes qui les ont mis en
demeure de livrer leurs armes. Les militaires ayant refusé, une fusillade
s’est ensuivie. Sept militaires ont été tués et dix autres blessés. Lourde
faute des insurgés, ce genre d’opération laissera des traces dans le souvenir de jeunes Français et générera des ressentiments contre la population européenne au moment de l’exode et de la réinsertion en
métropole. Elle aura dans l’immédiat d’autres conséquences.
Il est 10 heures et le pire est, s’il est possible, encore à venir. La
