Les fausses espérances et le chaos
357
La paix dans les bombes...
• L’approche de la conclusion des accords à Evian qui ne fait désormais aucun doute crée en Algérie un climat de tension et déclenche un
surcroît de violence de 1’0AS.
Le 5 mars entre 4 h 30 et 6 heures, cent dix-sept explosions secouent
Alger et font croire à un nouveau putsch. Les gens, à moitié endormis,
se précipitent aux fenêtres. L’air est comme gonflé, quasiment en permanence, par un souffle puissant. Les murs des immeubles de Bab-elOued, Belcourt, Hussein-Dey, El-Biar tremblent, tandis que retentissent
les premières sirènes des ambulances et des pompiers. À la Délégation
générale, le dispositif des grandes journées de crise est mis en place, la
police déjà sur les lieux des explosions, dans le rougeoiement des
lampes des voitures qui clignotent comme des signaux d’alerte, les gendarmes dans leurs half-tracks, des unités d’infanterie de marine et des
commandos de chasse appelés en renfort.
Car on craint le pire... Le jour se lève sur un spectacle lamentable,
ce sont des magasins de musulmans qui ont été visés. Les plafonds
écroulés, les murs soufflés, les vitrines éventrées et les marchandises
pulvérisées, les trottoirs jonchés de gravats, quelle ineptie, quelle inutile
furie destructrice, estiment bien des témoins... On est en droit de s’interroger sur l’origine de ces attentats. Bien entendu, on désigne d’abord
une OAS à la recherche de toutes les occasions de créer du désordre et
d’impressionner les musulmans. C’est l’hypothèse la plus plausible,
mais le FLN n’aurait-il pas conçu une provocation afin de jeter dans la
rue les musulmans exaspérés et courant au saccage des magasins des
quartiers européens... Saccage des magasins, débordements, qui peut
prévoir en Algérie jusqu’où peut aller un mouvement de foule d’une
grande ampleur, portée par un désir de vengeance...
• 15 mars. L’OAS se surpasse dans la folie meurtrière en lançant un
« Delta » sur un local des Centres sociaux où sont réunis plusieurs
délégués européens et musulmans. Le chef du commando qui fait irruption dans la salle de réunion lit une liste de sept personnes en leur
demandant de le suivre. Six s’exécutent, le septième étant absent, et
sont conduits dans la cour du Château-Royal. Là, ils sont alignés contre
un mur et exécutés. Parmi eux, Mouloud Feraoun qui, précision du
constat..., a reçu douze projectiles de 9 mm dans la poitrine. Le mira*
* Créés en 1955 par Jacques Soustelle qui
Tillion, les Centres sociaux avaient pour mission
tisation dans la population musulmane.
en confia la responsabilité à l’ethnologue Germaine
de lutter contre la pauvreté et de développer l’alphabé-
357
La paix dans les bombes...
• L’approche de la conclusion des accords à Evian qui ne fait désormais aucun doute crée en Algérie un climat de tension et déclenche un
surcroît de violence de 1’0AS.
Le 5 mars entre 4 h 30 et 6 heures, cent dix-sept explosions secouent
Alger et font croire à un nouveau putsch. Les gens, à moitié endormis,
se précipitent aux fenêtres. L’air est comme gonflé, quasiment en permanence, par un souffle puissant. Les murs des immeubles de Bab-elOued, Belcourt, Hussein-Dey, El-Biar tremblent, tandis que retentissent
les premières sirènes des ambulances et des pompiers. À la Délégation
générale, le dispositif des grandes journées de crise est mis en place, la
police déjà sur les lieux des explosions, dans le rougeoiement des
lampes des voitures qui clignotent comme des signaux d’alerte, les gendarmes dans leurs half-tracks, des unités d’infanterie de marine et des
commandos de chasse appelés en renfort.
Car on craint le pire... Le jour se lève sur un spectacle lamentable,
ce sont des magasins de musulmans qui ont été visés. Les plafonds
écroulés, les murs soufflés, les vitrines éventrées et les marchandises
pulvérisées, les trottoirs jonchés de gravats, quelle ineptie, quelle inutile
furie destructrice, estiment bien des témoins... On est en droit de s’interroger sur l’origine de ces attentats. Bien entendu, on désigne d’abord
une OAS à la recherche de toutes les occasions de créer du désordre et
d’impressionner les musulmans. C’est l’hypothèse la plus plausible,
mais le FLN n’aurait-il pas conçu une provocation afin de jeter dans la
rue les musulmans exaspérés et courant au saccage des magasins des
quartiers européens... Saccage des magasins, débordements, qui peut
prévoir en Algérie jusqu’où peut aller un mouvement de foule d’une
grande ampleur, portée par un désir de vengeance...
• 15 mars. L’OAS se surpasse dans la folie meurtrière en lançant un
« Delta » sur un local des Centres sociaux où sont réunis plusieurs
délégués européens et musulmans. Le chef du commando qui fait irruption dans la salle de réunion lit une liste de sept personnes en leur
demandant de le suivre. Six s’exécutent, le septième étant absent, et
sont conduits dans la cour du Château-Royal. Là, ils sont alignés contre
un mur et exécutés. Parmi eux, Mouloud Feraoun qui, précision du
constat..., a reçu douze projectiles de 9 mm dans la poitrine. Le mira*
* Créés en 1955 par Jacques Soustelle qui
Tillion, les Centres sociaux avaient pour mission
tisation dans la population musulmane.
en confia la responsabilité à l’ethnologue Germaine
de lutter contre la pauvreté et de développer l’alphabé-
