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Le livre noir de la guerre d’ Algérie
Retour à Oran même où les affrontements intercommunautaires
continuent sans désemparer début 196244 :
Le 3 janvier 1962, par exemple, signale Claude Martin [le « par exemple »
est en soi lourd de sens, on avoue renoncer à une comptabilité quotidienne
en raison de la surabondance des informations relatives aux règlements de
comptes...], les assassinats commençaient au bon matin. A 7 heures, Pedro
guerra était tué, boulevard Joffre. À peu près à la même heure, un employé
de l’hôpital Baudens était blessé, rue de Gênes, lorsqu’il allait à son travail.
À 8 heures, on trouvait le cadavre de M. kress, qui avait été poignardé à
Gambetta. Au milieu de la matinée, un Israélite de 71 ans était blessé au
quartier juif. Une jeune femme enceinte, Israélite, Mme karsenty, était tuée.
Cité Petit, le matelassier François cortes était blessé d’un coup de couteau.
De leur côté, des Européens lynchaient des Musulmans pris pour des terroristes [?]. A la fin de la journée [en cette seule journée du 3 janvier 1962], on
établissait le bilan quotidien : 16 morts, dont 6 Européens.
Les journaux signalaient le lendemain que les Musulmans qui habitaient la
ville européenne la quittaient parce qu’ils ne se sentaient plus en sûreté. Le
FLN atteignait son but : le fossé entre les deux communautés s’élargissait.
Pour Claude Martin, il ne fait guère de doute que les victimes aient
été « choisies » en raison de leur âge et de leur incapacité à se défendre,
et il avance des exemples effectivement évocateurs :
Joseph junco, 68 ans, tué à coups de hache, le 2 janvier 1962. Gabriel enin,
15 ans, le 5 janvier. Dominique rossi, 66 ans, Antoine esposito, 76 ans, Emile
davo, 66 ans, le 21 janvier. Et le 1er mars, la femme du concierge du stade de
mers el-kébir, Josette ortega, et ses deux enfants, André, âgé de quatre ans et
Sylvette, cinq ans. La mère fut tuée à coups de hache et les enfants eurent le
crâne brisé contre le mur...
Trois des assassins furent arrêtés, et Claude Martin ajoute cette information... édifiante :
Un photographe de L'Echo d ’Oran prit une photo du cadavre de la petite
fille. Celle-ci fut publiée par le journal arabe qui succéda à L’Echo avec la
légende : « Voilà ce que faisaient de nos enfants les colonialistes. »
Des milliers de personnes assistèrent aux obsèques des victimes ; à
la foule des Européens s’étaient mêlés des groupes de musulmans qui
avaient tenu à manifester leur indignation.
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