Les fausses espérances et le chaos
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merie Mouligne dans son rapport, la population musulmane a diffusé
[s/c] les propos suivants : “Il a été tué non pas par des rebelles, mais
par des activistes européens...” » Habillés à l’arabe et pratiquant l’égorgement ? En tout cas, les obsèques de Sassi Bénaïssa donneront lieu, le
19 juillet, à une importante démonstration nationaliste... en présence
des autorités. Il n’y aura pas — une fois n’est pas coutume — d’incidents, et la mort du sénateur gardera une partie de mystère.
C’est que dans le tumulte des derniers temps de l’Algérie française,
la confusion et le doute s’installent partout, du côté des forces de l’ordre
où tout suspect cache un terroriste, du côté du FLN et de l’ALN qui
ont souvent du mal à distinguer entre le « traître » intégral et l’opportuniste qui commence à sentir que le vent tourne.
Autre exemple... Le 30 août, M. Adda Khaled, maire du village de
Bakhir, reçoit un de ses administrés, M. Chibi hadj ben Bedjar, propriétaire agricole à Trézel. En fin de matinée, ils prennent la route
ensemble, pour ne plus reparaître. La gendarmerie de Frenda enquête
et conclut, le 12 septembre, qu’ils ont rejoint un maquis rebelle. Une
semaine plus tard, on apprend qu’arrêtés sur ordre du FLN régional, ils
ont comparu sous l’inculpation de trahison devant un tribunal de l’ALN
— nous avons cité des jugements de ces juridictions populaires — qui
les a condamnés à mort. En présence de musulmans conviés à l’exécution, on leur lie les mains dans le dos, on leur tranche la gorge, et on
se livre à des mutilations.
Torki Ahmed avait été élu sur une liste Algérie française à Oran,
mais son attitude, jugée ambiguë, avait par la suite attiré l’attention des
services de police. Il avait été appréhendé puis acquitté par le tribunal
des forces armées d’Oran, le 12 janvier 1961. Néanmoins interdit de
séjour dans la ville, il s’était installé à Tiaret. Or un document récupéré
« confirmait » ses activités en faveur de la rébellion. Le 30 octobre
1961, il est victime d’un attentat et meurt de ses blessures.
Par qui Torki Ahmed a-t-il été tué ? Selon une version qui est d’abord
retenue : par l’OAS ; mais un peu plus tard, on rapporte que l’auteur
de l’attentat aurait été appréhendé sur ordre du maquis de l’ALN. Cet
exemple complète la liste des exécutions sommaires d’origine douteuse
à l’avant-veille de l’indépendance.
Point de doute, par contre, s’agissant de la mort de M. Kadda Safi43.
Lui avait choisi son camp et assumera les risques de son choix. Ancien
harki, il était titulaire de quatre citations au titre du maintien de l’ordre.
Des distinctions qui l’exposaient bien évidemment aux représailles...
Maire de Cheima, de surcroît, il avait été élu conseiller général en 1958.
Le 18 février 1961, il était tué « par arme à feu ». Toute brutale qu’elle
fut, sa mort était certainement préférable au sort qui attendait bon
nombre de ses anciens camarades karkis après 1 indépendance.
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