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Le livre noir de la guerre d’ Algérie
fellaghas affirmeront les gendarmes qui conduiront l’enquête — sont
entrés dans la ferme de modestes colons, les Segura, de Lafferière, et
se sont livrés à un des massacres les plus horribles qui se puissent
imaginer dans cette Algérie de pleurs et de sang. Ils commencent par
attacher les parents pour les faire assister aux sévices qu’ils vont infliger
à leurs enfants. D’abord, le viol de leurs deux fillettes, âgées de neuf
et onze ans, avant de les égorger. Ils s’acharnent ensuite, à coups de
poignard, sur leur fils, et le décapitent. Troisième acte, les brutes
immondes pendent M. Segura, violent son épouse et l’égorgent à son
tour !
Les règlements de comptes continuent dans l’Oranais qui n’est qu’au
début de ses épreuves... Le 18 juillet, le sénateur du département de
Tiaret * ,
Sassi Bénaïssa, et son neveu, Sassi Cheik, qui lui sert de garde
du corps, sont assassinés au lieu-dit « Aïn-Beida » près de La
Fontaine42.
* Selon le nouveau découpage administratif, le territoire de l’Algérie est divisé en trois régions et
douze départements.
Sassi Bénaïssa avait été élu maire de la commune, le 9 juillet précédent, après une campagne sans ménagement à l’égard des autorités françaises, une attitude courageuse, parlant ouvertement à une époque où
les opposants des deux bords préféraient rester dans l’ombre pour assassiner ou plastiquer. Car le sénateur de Tiaret continuait apparemment à
croire, avec une inexcusable naïveté, aux vertus du suffrage universel
dans l’Algérie de 1961, déclarant le 29 juin à ceux dont il sollicitait les
suffrages :
Ce vote n’a aucune portée politique. Vous voterez pour vous, pour la bonne
administration de la Commune. C’est à vous de choisir votre maire parmi l’un
d’entre vous, parmi les habitants de la fontaine, et j’insiste sur le fait qu’il ne
saurait être question d’élire un étranger. Déjà aux dernières élections vous
avez choisi un maire qui ne vous convenait pas. Je ne veux pas que de tels
faits se reproduisent.
La France, pour ses élections, vous proposera n’importe qui [/] : soit un
harki, soit un habitant de La Fontaine, soit un étranger. Mieux vaut choisir
le dernier du Douar que le meilleur des étrangers. Et je parle franchement,
ouvertement, je n’ai peur de personne !
Soit, mais ce 18 juillet 1961, il vient de s’entretenir avec des ouvriers
qui moissonnent près de sa ferme lorsque deux hommes vêtus d’abayas
blanches et coiffés de cambouches blancs descendent d’une voiture,
tirent plusieurs coups de feu sur lui et son neveu. Les assassins repartent
après avoir égorgé le sénateur.
« Dès l’arrivée du corps à Tiaret, signale l’adjudant-chef de gendar­
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