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Le livre noir de la guerre d’ Algérie
culé de ce massacre est René Petitbon, collaborateur du délégué général Morin pour les problèmes de jeunesse, parce qu’il avait été retenu
au Rocher-Noir par une autre réunion.
Né dans une famille de fellahs très pauvres, en Kabylie, Mouloud
Feraoun était devenu instituteur, puis écrivain, honoré de plusieurs prix
littéraires, en particulier pour son ouvrage La Terre et le Sang45. Ami
d’Albert Camus, il n’avait pas voulu désespérer d’une solution qui permît à l’Algérie indépendante de ne pas rompre avec la France. Revendiquant régulièrement sa double appartenance — « Il y a du Français en
moi. Il y a du Kabyle en moi » —, aimait-il à dire, il se déclarait, non
sans courage, opposé à la violence sur une terre dont c’était la loi.
Le 13 mars, deux jours avant sa mort — il avait quarante et un
ans —, il écrivait dans son Journal46 qu’il avait commencé en 1955 :
A Alger, c’est la terreur... Non, on ne distingue plus les courageux des
lâches. A moins que nous ne soyons tous, à force de vivre dans la peur,
devenus insensibles et inconscients. Bien sûr, je ne veux pas mourir et je ne
veux pas que mes enfants meurent, mais je ne prends aucune précaution particulière en dehors de celles qui, depuis une quinzaine, sont devenues des habitudes : limitation des sorties, courses pour acheter « en gros », suppression des
visites aux amis. Mais chaque fois que l’un d’entre nous sort et revient, il
décrit un attentat ou signale une victime...
Deux jours plus tard, Mouloud Feraoun sera une de ces victimes...
• 18 mars. C’est la paix... sur le papier. Les représentants du gouvernement français et du GPRA en la personne de Krim Belkacem aposent
leur signature sur un document de quatre-vingt-dix-neuf pages qui prévoit, pour l’essentiel :
— L’instauration d’un cessez-le-feu à compter du lendemain
19 mars à 12 heures.
— La consultation des électeurs qui devront se prononcer sur l’indépendance de l’Algérie.
— En attendant le scrutin d’autodétermination, la formation d’un
exécutif provisoire, la République française étant représentée par un
haut-commissaire. Le haut-commissaire sera Christian Fouchet et le
président de l’exécutif provisoire Abderrhamane Farès... libéré de la
prison de Fresnes.
— La libération dans les vingt jours des personnes internées en
France et en Algérie.
— Le repli progressif des troupes françaises d’Algérie.
— La garantie que nul ne pourra être inquiété en raison d’actes
commis en relation avec les événements politiques survenus en Algérie.
Le livre noir de la guerre d’ Algérie
culé de ce massacre est René Petitbon, collaborateur du délégué général Morin pour les problèmes de jeunesse, parce qu’il avait été retenu
au Rocher-Noir par une autre réunion.
Né dans une famille de fellahs très pauvres, en Kabylie, Mouloud
Feraoun était devenu instituteur, puis écrivain, honoré de plusieurs prix
littéraires, en particulier pour son ouvrage La Terre et le Sang45. Ami
d’Albert Camus, il n’avait pas voulu désespérer d’une solution qui permît à l’Algérie indépendante de ne pas rompre avec la France. Revendiquant régulièrement sa double appartenance — « Il y a du Français en
moi. Il y a du Kabyle en moi » —, aimait-il à dire, il se déclarait, non
sans courage, opposé à la violence sur une terre dont c’était la loi.
Le 13 mars, deux jours avant sa mort — il avait quarante et un
ans —, il écrivait dans son Journal46 qu’il avait commencé en 1955 :
A Alger, c’est la terreur... Non, on ne distingue plus les courageux des
lâches. A moins que nous ne soyons tous, à force de vivre dans la peur,
devenus insensibles et inconscients. Bien sûr, je ne veux pas mourir et je ne
veux pas que mes enfants meurent, mais je ne prends aucune précaution particulière en dehors de celles qui, depuis une quinzaine, sont devenues des habitudes : limitation des sorties, courses pour acheter « en gros », suppression des
visites aux amis. Mais chaque fois que l’un d’entre nous sort et revient, il
décrit un attentat ou signale une victime...
Deux jours plus tard, Mouloud Feraoun sera une de ces victimes...
• 18 mars. C’est la paix... sur le papier. Les représentants du gouvernement français et du GPRA en la personne de Krim Belkacem aposent
leur signature sur un document de quatre-vingt-dix-neuf pages qui prévoit, pour l’essentiel :
— L’instauration d’un cessez-le-feu à compter du lendemain
19 mars à 12 heures.
— La consultation des électeurs qui devront se prononcer sur l’indépendance de l’Algérie.
— En attendant le scrutin d’autodétermination, la formation d’un
exécutif provisoire, la République française étant représentée par un
haut-commissaire. Le haut-commissaire sera Christian Fouchet et le
président de l’exécutif provisoire Abderrhamane Farès... libéré de la
prison de Fresnes.
— La libération dans les vingt jours des personnes internées en
France et en Algérie.
— Le repli progressif des troupes françaises d’Algérie.
— La garantie que nul ne pourra être inquiété en raison d’actes
commis en relation avec les événements politiques survenus en Algérie.
