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Le livre noir de la guerre d’ Algérie
échappé à ses agresseurs alors qu’il sortait d’une réunion d’anciens
résistants et déportés ; une deuxième fois, un pain de plastic placé sous
son véhicule avait été découvert à temps ; un troisième attentat avait
partiellement abouti puisqu’il avait été atteint de plusieurs balles en
sortant de son domicile. Il était alors transporté au Val-de-Grâce.
Cette fois, l’OAS a employé les grands moyens en expédiant un
commando à l’hôpital. Mais Le Tac est protégé par des gendarmes, une
fusillade éclate, un gendarme est tué, Le Tac est sauvé, l’OAS mise en
échec. Comme les services de police sont plus efficaces à Paris qu’à
Alger — plus efficaces, et surtout... plus disponibles pour la recherche
des coupables —, les auteurs de l’attentat sont démasqués.
Le choc intercommunautaire. La violence s’installe partout^
• Le 24 février, lendemain de l’instruction de Salan, mais la relation
entre les deux faits n’est pas évidente, Bab-el-Oued s’embrase. Triste
épisode des affrontements entre communautés dont nous avons déjà
donné des exemples mais qui cette fois prennent des proportions exceptionnelles en importance et en intensité. La haine raciale est certes au
cœur de ce déferlement de violence, mais comme dans la très grande
majorité des cas il y a à l’origine la provocation calculée, et, de l’autre
côté, et plus que jamais en ce mois de février 1962, un réflexe d’exaspération, une lassitude profonde, une accumulation de ressentiments qui
n’attendent, comme la bombe des terroristes, qu’une occasion pour
exploser.
Ce 24 février, donc, à l’heure du déjeuner, Angelo Victori, un chauffeur de taxi très populaire dans Bab-el-Oued mais connu pour tenir des
propos violemment anti-arabes — attitude courante des « petits
Blancs » dans les pays du Maghreb —, est abattu de trois balles par un
Algérien. La nouvelle se répand avec la rapidité de l’éclair — il n’y a
pas que le téléphone arabe pour battre les records dans les communications —, soulève une tempête dans les milieux européens. Les jeunes
partent les premiers, armés de revolvers ou de couteaux, se répandent
dans Bab-el-Oued et font des « cartons » sur les musulmans, hommes
et femmes, qu’ils rencontrent. Ces derniers, affolés, fuient dans toutes
les directions pour échapper aux tueurs qui, lorsqu’ils les rattrapent,
leur logent une balle dans la nuque ou les poignardent.
Les ambulances qui arrivent se révèlent rapidement trop peu nombreuses pour recueillir les blessés ; les morts sont transportés au
commissariat de police où ils sont entassés et dissimulés, autant qu’il
est possible, avec des toiles de sac, des couvertures ou des journaux.
Craignant une réponse du côté du FLN ou de nouveaux débordements
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