350
Le livre noir de la guerre d’ Algérie
cette caserne et pourra grâce à la pente s’étendre jusqu’aux abords de la
caserne d’Orléans.
3. Il sera aussi possible de disposer en des points de passage obligés, des
systèmes composés de deux fûts, l’un rempli d’essence, l’autre d’huile de
vidange. Ces deux liquides répandus sur la chaussée occasionneront le dérapage des convois et une bouteille explosive judicieusement appliquée au
moment d’un dérapage provoquera l’inflammation de l’essence.
4. Dans le cas de descente de musulmans,
attitude défensive, sauf si les forces de l’ordre se révélaient inaptes à
la contenir.
5. Toutes ces actions ne seront pas obligatoirement conduites par les
commandos actions traditionnels. Dans le cadre des ordres de mobilisation, la
partie « population armée » devra y participer activement.
Salan traite des soins médicaux d’urgence, des moyens de liaison et
enfin, et surtout :
8. Sur ordre des commandements régionaux, la foule sera poussée dans les
rues à partir du moment où la situation aura évolué dans un sens suffisamment
favorable. Cette situation nouvelle exigera alors des ordres précis en fonction
des objectifs, la manière de les atteindre. Le « rush » final doit être aussi
discipliné que le reste de la manœuvre.
En tout état de cause, il importe que chacun, à tous les échelons, comprenne
qu’il ne s’agit pas là d’une action ponctuelle, d’un coup de force, mais bien
d’une campagne échelonnée dans le temps et dans l’espace, mais que cette
campagne peut et doit être décisive.
Le chef de l’OAS, probablement instruit de l’expérience d’avril 1961,
inscrit donc son action dans la durée. Il énumère, « dans les grandes
lignes », la « conduite à tenir » en métropole en se basant sur l’hypothèse d’une évasion du général Challe et de ses codétenus de la prison
de Tulle. Hypothèse sans lendemain, et Salan anticipe grandement en
prévoyant qu’il faudra demander « aux personnalités marquantes de
prendre des positions publiques et sans ambiguïté et d’entrer en clandestinité pour poursuivre la lutte ».
Poursuivre la lutte ? Comment et contre qui ? Si les adversaires, toujours les mêmes, sont désignés, les moyens restent dans le vague :
Les actions brutales seront généralisées sur l’ensemble du territoire. Elles
viseront les personnalités influentes du parti communiste et du gaullisme. Les
ouvrages d’art et tout ce qui représente l’exercice de l’autorité, de manière à
tendre au maximum vers l’insécurité généralisée et la paralysie totale du pays.
La provocation à la grève générale sera aussi une excellente arme.
Précédent

- 343/420

Suivant