Les fausses espérances et le chaos
347
l’OAS multiplient, fin janvier et début 1962, les initiatives sur le terrain
et les consignes à leurs militants. Il ne s’agit plus d’actions individuelles, mais d une véritable mobilisation. Des réussites spectaculaires
sont enregistrées. L’organisation clandestine joue le tout pour le tout.
Le 29 janvier, l’adversaire prioritaire a été frappé en plein cœur à
Alger : une énorme charge de plastic a littéralement réduit en morceaux
la villa Andréa, rue Fabre, à El-Biar où s’étaient regroupés les membres
du MPC après l’attentat du 31 décembre contre les locaux de la rue
Faidherbe36.
A 16 heures, ce 29 janvier, une camionnette dont la plate-forme était
découverte s’est présentée devant la villa pour la livraison de plusieurs
caisses sous le nom d’une société de transports spécialisée dans les
opérations en douane. Prévenus de cette livraison, les hommes de faction de la villa ont donc laissé entrer le chauffeur européen et les
livreurs qui, tous musulmans, se sont chargés du débarquement. Les
deux caisses très volumineuses — dont l’une contient une machine
d’imprimerie destinée à réaliser des affiches et des tracts — ont certes
posé quelques problèmes de manipulation, mais c’est surtout l’absence
du commissaire en douane et de deux inspecteurs normalement présents
à la livraison, qui attirer l’attention.
Le commissaire et les deux inspecteurs se faisant attendre, l’un des
membres du MPC tranche :
— Tant pis, ouvrons, ils n’avaient qu’à être à l’heure...
On ouvre, en effet, d’abord la première caisse, et la plus lourde, qui
est censée contenir la presse d’imprimerie. Les deux bandes métalliques
qui entourent les planches de bois blanc cèdent sous les tenailles, puis
on attaque les planches elles-mêmes, au tournevis... Le geste à peine
esquissé, de la caisse surgit une formidable explosion, quelque cinquante kilos de dynamite ravagent, dans des tourbillons de poussière et
un fracas de blocs béton effondrés, les deux étages de la villa. La terrasse est descendue au niveau du sol. Une précision permet de situer la
force de la déflagration : des deux guetteurs en faction au moment de
l’attentat, l’un a été projeté, à vingt mètres, contre les arbres du jardin,
l’autre s’est retrouvé perché sur le toit d’une maison voisine.
Quand ils reviennent à la réalité, émergeant des débris et providentiellement épargnés, les survivants évaluent péniblement le nombre de
morts aux morceaux de corps épars, aux vêtements qui semblent
déchirés par une main invisible. Dix-neuf de leurs camarades
sur un
total de vingt-six qui étaient présents dans la maison
ont été tués.
Les pompiers accourus tentent de dégager des décombres des corps
mutilés ; gendarmes et gardes mobiles établissent un cordon de protection autour des ruines et ont du mal à contenir ceux qui « veulent voir »
et qui poussent des cris de satisfaction. On passe sur la nature des
347
l’OAS multiplient, fin janvier et début 1962, les initiatives sur le terrain
et les consignes à leurs militants. Il ne s’agit plus d’actions individuelles, mais d une véritable mobilisation. Des réussites spectaculaires
sont enregistrées. L’organisation clandestine joue le tout pour le tout.
Le 29 janvier, l’adversaire prioritaire a été frappé en plein cœur à
Alger : une énorme charge de plastic a littéralement réduit en morceaux
la villa Andréa, rue Fabre, à El-Biar où s’étaient regroupés les membres
du MPC après l’attentat du 31 décembre contre les locaux de la rue
Faidherbe36.
A 16 heures, ce 29 janvier, une camionnette dont la plate-forme était
découverte s’est présentée devant la villa pour la livraison de plusieurs
caisses sous le nom d’une société de transports spécialisée dans les
opérations en douane. Prévenus de cette livraison, les hommes de faction de la villa ont donc laissé entrer le chauffeur européen et les
livreurs qui, tous musulmans, se sont chargés du débarquement. Les
deux caisses très volumineuses — dont l’une contient une machine
d’imprimerie destinée à réaliser des affiches et des tracts — ont certes
posé quelques problèmes de manipulation, mais c’est surtout l’absence
du commissaire en douane et de deux inspecteurs normalement présents
à la livraison, qui attirer l’attention.
Le commissaire et les deux inspecteurs se faisant attendre, l’un des
membres du MPC tranche :
— Tant pis, ouvrons, ils n’avaient qu’à être à l’heure...
On ouvre, en effet, d’abord la première caisse, et la plus lourde, qui
est censée contenir la presse d’imprimerie. Les deux bandes métalliques
qui entourent les planches de bois blanc cèdent sous les tenailles, puis
on attaque les planches elles-mêmes, au tournevis... Le geste à peine
esquissé, de la caisse surgit une formidable explosion, quelque cinquante kilos de dynamite ravagent, dans des tourbillons de poussière et
un fracas de blocs béton effondrés, les deux étages de la villa. La terrasse est descendue au niveau du sol. Une précision permet de situer la
force de la déflagration : des deux guetteurs en faction au moment de
l’attentat, l’un a été projeté, à vingt mètres, contre les arbres du jardin,
l’autre s’est retrouvé perché sur le toit d’une maison voisine.
Quand ils reviennent à la réalité, émergeant des débris et providentiellement épargnés, les survivants évaluent péniblement le nombre de
morts aux morceaux de corps épars, aux vêtements qui semblent
déchirés par une main invisible. Dix-neuf de leurs camarades
sur un
total de vingt-six qui étaient présents dans la maison
ont été tués.
Les pompiers accourus tentent de dégager des décombres des corps
mutilés ; gendarmes et gardes mobiles établissent un cordon de protection autour des ruines et ont du mal à contenir ceux qui « veulent voir »
et qui poussent des cris de satisfaction. On passe sur la nature des
