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Le livre noir de la guerre d’ Algérie
par un décalage entre les évaluations, et l’on se demande par ailleurs
comment la préfecture aurait pu se « débarrasser » de ces 210 corps sans
attirer l’attention. Imagine-t-on le formidable scandale qui n’eût pas
manqué d’éclabousser non seulement le préfet de police, mais le ministre
de l’intérieur, le Premier ministre, voire le régime tout entier si l’on avait
découvert quelque fosse commune des malheureuses victimes ?
Les auteurs du Rapport du 8 janvier 1998, tout en se défendant
d’émettre des « conclusions définitives », dégageaient de leurs
recherches sur les archives de la préfecture de police un certain nombre
d’observations portant notamment sur le nombre des victimes du
17 octobre 1961 : « On reste au niveau des dizaines, écrivaient-ils, ce
qui est considérable, mais très inférieur aux quelques centaines dont il
a parfois été question. »
Dans un communiqué du 26 octobre, le Conseil des ministres annonçait que 11 094 personnes avaient été libérées après vérification.
Mais le chiffre de 136 blessés donné le 31 octobre 1961 par le
ministre de l’intérieur se révéla très éloigné de la réalité... Le rapport
de la mission du « 18 janvier 1998 » précise sur ce point :
Déjà, le 4 décembre 1961, l’inspecteur général [de 1’ Administration] wuillaume avançait [dans son rapport] le nombre de 337 blessés, dont « 105 ont
été pansés immédiatement et 232 hospitalisés ».
Mais son bilan n’est pas exhaustif, l’enquête n’ayant pu porter, semble-t-il,
sur tous les hôpitaux susceptibles d’avoir reçu des blessés de la manifestation.
Ainsi, ne fait-il état que de huit blessés par balles, alors qu’un seul établissement, la maison départementale de Nanterre, en a soigné au moins seize les
17-18 et 19 octobre, comme le montrent les enquêtes de la police judiciaire.
Encore le nombre réel de blessés ne pouvait-il se limiter aux seules admissions dans les hôpitaux : il conviendrait d’y ajouter les manifestants soignés
par des médecins de ville, ceux qui ont été pris en charge par l’infirmerie de
leur lieu de détention, enfin ceux qui, rentrés chez eux, se sont soignés sans
consulter.
On ne peut éviter l’inventaire des responsabilités, beaucoup plus partagées qu’on a bien voulu le dire.
En mobilisant quelque vingt mille Français musulmans et en les
jetant dans cette aventure, la Fédération de France du FLN qui est bien
placée pour connaître l’état d’esprit de la police parisienne, et a recueilli
suffisamment de preuves d’excès sous le couvert de la lutte contre le
terrorisme, peut être considérée comme responsable en « amont » des
morts et des blessés des journées d’octobre.
Bien évidemment, la police de base multiplie les violences en saisissant l’occasion de régler ses comptes avec les « terroristes » dont trop
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