Les fausses espérances et le chaos
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djebbour, député UNR d’ Algérie, et André mignot, député-maire de Versailles,
Républicain indépendant], qui font partie d’une commission d’information sur
la situation dans les prisons en France et en Algérie — car on dit que les
détenus OAS qui ont tenté d’assassiner le général de gaulle sont victimes de
mauvais traitements et on a demandé qu’une commission soit constituée —,
ces trois députés sortent de la prison des femmes de Paris, la Petite-Roquette,
et on leur a dit : « Il faut que vous alliez à Vincennes [c ’est-à-dire au Centre
d’identification], il y a un camp où il se passe des choses épouvantables. »
Trois semaines après le 17 octobre, poursuit Jean-Luc einaudi, ils [/es trois
députés] s’y rendent et demandent au responsable des lieux de pouvoir entrer.
On leur refuse l’entrée. Ils disent alors qu’ils vont faire constater par voie
d’huissier que l’on empêche des parlementaires d’accomplir leur mission.
M. papon autorise les parlementaires à entrer dans les lieux et ils vont être
épouvantés, horrifiés de ce qu’ils voient, de ce qu’ils trouvent. Ils trouvent des
hommes qui sont là depuis le 17 et le 18 octobre, dans un état grave, la plupart
blessés, n’ayant pas reçu de soins. Ils rédigeront un rapport qui sera présenté
à l’Assemblée nationale par un député UNR, M. sammarcelli. Il conclura en
disant que, dans ce centre, ils ont constaté des conditions qui ne respectent
pas la dignité humaine...
« [...] Beaucoup de détenus étaient blessés, généralement à la tête [...]. Un
certain nombre souffrait de fractures de bras, ces fractures ayant été consolidées et plâtrées », signalaient les trois parlementaires. Par ailleurs, « le nombre
de détenus était tellement élevé qu’il était manifestement impossible qu’ils
puissent disposer chacun d’une paillasse ».
Visitant le CIV le 26 octobre, le conseiller Viatte, président de la
commission de vérification de la Santé publique, parle dans son rapport
d’un « spectacle affligeant », d’une nourriture qui paraît « nettement
insuffisante », de « services d’hygiène réduits au minimum ». Deux
jours auparavant, le commissaire principal du 12e arrondissement avait
signalé que de nombreux détenus étaient pris de malaise, et que dans
ces conditions il était urgent que le service médical du Centre obtînt de
nouveaux moyens d’intervention.
Le scandale du CIV justement rappelé, Jean-Luc Einaudi tire ces
conclusions :
Les parlementaires comptent les détenus qui sont là. Ils en comptent 1 500.
Il se trouve que, ce même jour, 6 novembre, la préfecture de police en annonce
1 710. Où sont passés les 210 autres ? [...]. En novembre 1961, personne n’a
demandé où se trouvaient ces 210 qui manquaient...
Ce qui induit que les 210 détenus auraient été tout simplement « supprimés ». Une telle hypothèse ne repose sur aucun semblant de preuve. Il
est désormais reconnu que la différence entre les deux chiffres s explique
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