336
Le livre noir de la guerre d’ Algérie
1961, paru en 1991. Jean-Luc Einaudi, qui était appelé par les parties
civiles, déclarera au procès de l’ancien secrétaire général de la Gironde,
au cours de l’audience du jeudi 16 octobre 1997 :
[...] Je pense, quant à moi, d’après les recherches que j’ai pu faire, qu’il y
a eu pendant cette période [17 au 20 octobre] un minimum de 200 morts,
vraisemblablement 300. Il faudra alors que la vérité soit faite sur ce qui s’est
passé alors et dont M. papon porte la responsabilité directe. C’est une des
raisons pour lesquelles, depuis plusieurs années, il y a une demande qui s’élève
pour que les archives, celles de la Préfecture de police et d’autres, soient
ouvertes, car il y a un impératif besoin de vérité sur ce qui s’est passé à ce
moment-là...
Un peu plus tard, et le même jour, le président Jean-Louis Castagnède demande à Jean-Luc Einaudi :
— Quand avez-vous commencé votre enquête et combien de temps cela
vous a-t-il pris ?
— C’est une enquête que j’ai commencée en 1986 et que j’ai terminée en
1991.
— Sur quels éléments vous êtes-vous basé ?
— J’ai eu recours à toutes les sources possibles : les témoignages, des
sources aussi bien orales qu’écrites et dans les milieux les plus divers. J’ai
même écrit à M. papon mais celui-ci m’a conseillé de prendre rendez-vous
avec M. chaix [Roger chaix, ancien directeur du Service de coordination des
Affaires algériennes]. Je l’ai rencontré et tout ce qu’il a trouvé à me dire c’est :
« Au fond, vous savez, en octobre 1961, il n’y a pas eu plus de victimes qu’en
mai 1968. » Bien sûr, précise Jean-Luc einaudi, il m’a manqué des sources,
notamment celles de la préfecture de police. Les archives de la préfecture de
police ainsi que celles de la défense n’étaient pas disponibles. Par contre, j’ai
eu, à un moment donné, accès aux archives du FLN.
Jean-Luc Einaudi aurait-il maintenu ces évaluations de deux à trois
cents morts s’il avait eu accès aux archives de la préfecture de police
dont il avait dit à plusieurs reprises qu’elles contenaient certainement
une large part de la réalité ? Non, très probablement, et très probablement également aurait-il renoncé à échafauder l’hypothèse dont il donna
la dernière version au cours de son audition par la cour d’assises de la
Gironde, ce même 16 octobre 1997. C’est d’abord pour dénoncer les
conditions effectivement scandaleuses, comme l’attesteront plusieurs
rapports, dans lesquelles furent traités les détenus du Centre d’identification de Vincennes :
[...] Finalement, le 6 novembre 1961, par le plus grand des hasards, trois
députés [André Chandernagor, député socialiste de la Creuse, Ahmed
Précédent

- 329/420

Suivant