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Le livre noir de la guerre d’ Algérie
service entre dix-huit heures et jeudi neuf heures. Elle a examiné 210 blessés
à elle seule et établi nombre de diagnostics, ce qui montre ce qu’ont pu faire
les autres. Un secrétaire, monsieur le ministre, a dressé une liste de tous ceux
qui ont été visités. Elle donne à penser que vos services ont fait preuve d’une
inconscience certaine lorsqu’ils ont proposé de déclarer, le mercredi soir, qu’il
n’y avait eu que 132 blessés ; les communications ne vont pas vite entre le
Palais des sports et la place Beauvau...
Le mercredi, dans la nuit, ceux qui ont été arrêtés le mardi n’ont ni bu ni
mangé.
Ils ont été abandonnés.
Et ceux qui ont été parqués — il n’y a pas d’autres mots — dans l’établissement voisin qui abritait, récemment encore, l’exposition soviétique, n’ont été
soignés que par hasard. Ce sont des médecins qui, s’en allant, les ont découverts. Certains étaient blessés par balles.
La plupart des blessés avaient le cuir chevelu fendu, les mains brisées. Ils
s’étaient protégés la tête.
Il y eut quelques fractures de jambes. Bousculés dans les escaliers, les
hommes sont tombés, en masse.
Certains sont passés deux fois devant le médecin car ils furent frappés après
avoir été soignés et leurs plaies refermées par des points de suture.
Pour prodiguer leurs soins, les médecins du Palais des sports ne disposaient
que de deux douches situées dans la salle où les boxeurs se rendent après leur
combat. Aucun lavabo. C’est avec l’eau de la douche qu’ils tentaient, tant bien
que mal, de laver les plaies et même leurs instruments avant de recoudre les
chairs.
A vingt-trois heures, dans la nuit de mercredi, on refuse les ambulances. Il
a fallu que les médecins téléphonent à leur corps pour que, sur les ordres,
je crois, d’un commissaire divisionnaire enfin compréhensif, des ambulances
s’ébranlent et transportent les blessés vers les hôpitaux civils.
Et tout cela dans le calme, et c’est ce que je veux souligner d’abord, affirme
Eugène claudius-petit, sans hésitation, froidement, accompagné d’invectives
que je ne veux pas reproduire à cette tribune par respect pour les victimes.
Tout est dit, ou presque, dans cette intervention devant la représentation nationale d’un député réputé pour sa modération et dont le passé
est la meilleure garantie d’objectivité.
La journée du 18, deuxième manifestation au programme du FLN,
s’achève par un échec à peu près total et d’ailleurs prévisible. On est
confondu par la décision de maintenir de nouveaux rassemblements
après les événements tragiques de la veille, à moins de la crainte de
perdre la face ou de multiplier les occasions d’affrontement avec des
arrière-pensées de pure propagande. Il était en effet prévisible que le
pouvoir avait tiré la leçon de la veille et que cette fois il ne se laisserait
pas surprendre... Les forces de police ont été doublées et concentrées
sur les quatre portes d’accès de la capitale.
Le livre noir de la guerre d’ Algérie
service entre dix-huit heures et jeudi neuf heures. Elle a examiné 210 blessés
à elle seule et établi nombre de diagnostics, ce qui montre ce qu’ont pu faire
les autres. Un secrétaire, monsieur le ministre, a dressé une liste de tous ceux
qui ont été visités. Elle donne à penser que vos services ont fait preuve d’une
inconscience certaine lorsqu’ils ont proposé de déclarer, le mercredi soir, qu’il
n’y avait eu que 132 blessés ; les communications ne vont pas vite entre le
Palais des sports et la place Beauvau...
Le mercredi, dans la nuit, ceux qui ont été arrêtés le mardi n’ont ni bu ni
mangé.
Ils ont été abandonnés.
Et ceux qui ont été parqués — il n’y a pas d’autres mots — dans l’établissement voisin qui abritait, récemment encore, l’exposition soviétique, n’ont été
soignés que par hasard. Ce sont des médecins qui, s’en allant, les ont découverts. Certains étaient blessés par balles.
La plupart des blessés avaient le cuir chevelu fendu, les mains brisées. Ils
s’étaient protégés la tête.
Il y eut quelques fractures de jambes. Bousculés dans les escaliers, les
hommes sont tombés, en masse.
Certains sont passés deux fois devant le médecin car ils furent frappés après
avoir été soignés et leurs plaies refermées par des points de suture.
Pour prodiguer leurs soins, les médecins du Palais des sports ne disposaient
que de deux douches situées dans la salle où les boxeurs se rendent après leur
combat. Aucun lavabo. C’est avec l’eau de la douche qu’ils tentaient, tant bien
que mal, de laver les plaies et même leurs instruments avant de recoudre les
chairs.
A vingt-trois heures, dans la nuit de mercredi, on refuse les ambulances. Il
a fallu que les médecins téléphonent à leur corps pour que, sur les ordres,
je crois, d’un commissaire divisionnaire enfin compréhensif, des ambulances
s’ébranlent et transportent les blessés vers les hôpitaux civils.
Et tout cela dans le calme, et c’est ce que je veux souligner d’abord, affirme
Eugène claudius-petit, sans hésitation, froidement, accompagné d’invectives
que je ne veux pas reproduire à cette tribune par respect pour les victimes.
Tout est dit, ou presque, dans cette intervention devant la représentation nationale d’un député réputé pour sa modération et dont le passé
est la meilleure garantie d’objectivité.
La journée du 18, deuxième manifestation au programme du FLN,
s’achève par un échec à peu près total et d’ailleurs prévisible. On est
confondu par la décision de maintenir de nouveaux rassemblements
après les événements tragiques de la veille, à moins de la crainte de
perdre la face ou de multiplier les occasions d’affrontement avec des
arrière-pensées de pure propagande. Il était en effet prévisible que le
pouvoir avait tiré la leçon de la veille et que cette fois il ne se laisserait
pas surprendre... Les forces de police ont été doublées et concentrées
sur les quatre portes d’accès de la capitale.
